ÎNI NVIN0SH1IIAIS S3ldVUan LIBRARIES SMITHSONIAN INSTITUT
r- > z r- z r-
J^ /^I^fc^'oX CO /-^rtf»i:<A — JfflWfs CD
"/< >
33 u;
co ± c/) — ± en
ES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIIDIIISNI NVIN0SH1IIAIS S3IUVUÉ
co z co
- ^^' -
> s
^ (O '**' Z CO z
■NI_NVIN0SH1IWS S3ldVdail LIBRARIES SMITHSONIAN INSTITUTI
2 -J 2 -J Z
ES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIlflillSNI NVINOS.HJLIWS S3IHVUÈ
± en ± — co
3NI NVIN0SH1IIMS S3IUVU8n LIBRARIES SMITHSONIAN INSTITUT
z ^ ^ co z .,. co 2:
2 ^ >
en z en * z co
ES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIIDIIISNI NVIN0SH1IWS S3IUVU
00 2 ^ ~ . . CO
;ni NviNOSHims saiavuan libraries smithsonian institut
Z I-
CD
33 /Ci
> fe
33 \S\
m
co ± co
ES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinilJLSNI NVIN0SH1IWS S3IUVUÉ
^ . ^ z \ co z £ .
%. en
)liniliSNI NVIN0SH1IWS S3IUVUai1 LIBRARIES SMITHSONIAN \h
r~ > 2 r~ 2 r-
v> - in — ? co
BRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinillSNI NVINOSH1IWS S"
\ ^ 2 '* en 2 co
■*%§&& s % 5 AÊt> - /«SB?
00
uiniiisNi_NViN0SHiii/\isc/}S3 i a vd a hzli B RAR I ES^SMITHSONIAN^IN
co — </) —
H
o
2
BRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinillSNI NVIN0SH1IWS S
v> - — co
)iinmsNi nvinoshiiws saïuvuan libraries smithsonian \b
2 en 21 ... in 2
>
C/5 2 CO * 2 if)
BRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIJ.nilJ.SNI NVINOSHIIWS S
^ 2 ^ . œ ^ co
<
ce
m
2 _J z
HinillSNI^NVINOSHlIlMS S3 I H VU a 11 Ll B RAR I ES SMITHSONIAN'
?o
3
Cfl
m
1/5 — in fE co
BRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinillSNI NVIN0SH1IWS S'
\ H; ^ . z '♦ go z co
|X DES «RTS DECOHflriFS ET INDUSTRIELS
wl I
ancrais du Cinquantenaire
===== A BRUXELLES ==
La Dentelle
GUIDE DU VISITEUR
PAR
Eug. VAN OVERLOOP
CONSERVATEUR EN CHEF
PRIX : 50 CENTIMES
BRUXELLES
IMPRIMERIE DREESEN & DE SMET, RUE DES URSULINES, 37
LIBRARY OF THE
COOPER-HEWITT MUSEUM OF DESIGN
• SMITHSONIAN INSTITUTION •
Bequest frcm
E state of Marian Hague
mUSEES ROYAUX DES ARTS DECORATIFS ET INDUSTRIELS
Palais du Cîrje^uanbeiiai^e
== A BRUXELLES =
La J9et)telle
GUIDE DU VISITEUR
PAR
Eug. VAN OVERLOOR^
CONSERVATEUR EN CHEF
PRIX : 50 CENTIMES
BRUXELLES
IMPRIMERIE DREESEN & DE SMET. RUE DES URSULINES, 37
111/
iJll
Monogramme des Archiducs Albert et Isabelle,
détail du couvre-pild en dentelle de bruxelles.
1599.
AVANT-PROPOS
La création, dans nos Musées, d'un compar-
timent de la dentelle, est due à l'initiative de
Mine Montefiore Levi. Cette généreuse bienfaitrice
s'occupa de réunir, à notre intention, un ensemble
important de dentelles, qu'elle nous offrit et qui
constitua le premier fonds de notre collection (1).
Nous lui devons donc un hommage tout spécial,
et il a paru que la meilleure façon de le lui
rendre était d'attacher son souvenir à l'ensemble
de la section, dont le local a reçu, dans cette
pensée, le nom de salle Montefiore.
La collection s'est accrue, depuis, de nombreux
dons, que nous aurons soin de rappeler, en leur
temps, pour ce qui concerne les pièces les plus
importantes.
(1) Les dentelles faisant partie du fonds Montefiore sont numé-
rotées en rouge.
A côté de ces dernières, nous avons reçu, en
grand nombre, des spécimens de dentelles, plus
modestes, sans doute, mais qui nous ont permis
de jeter les bases d'une collection documentaire,
appelée, pensons-nous, à rendre de réels services.
Nous adressons ici nos vifs remercîments aux
personnes qui nous ont aidé de la sorte et dont
les noms se trouvent consignés dans la liste qui
figure à la fin du présent Guide.
Enfin, nous nous faisons un devoir d'exprimer
notre gratitude envers Mme Kefer-Mali, qui, depuis
plusieurs années, nous seconde de ses qualités
d'artiste, et de ses connaissances techniques,
dans les arrangements de nos vitrines. C'est à
elle que revient notamment le mérite d'avoir
entremêlé les pièces de notre collection de ces
instructifs portraits « à dentelles », si unanime-
ment appréciés et que notre précieuse collabora-
trice nous a gracieusement offerts.
DIVISION GENERALE
La Section de la dentelle se partage en trois
compartiments, montrant successivement :
1° Les industries connexes, ayant, dans une
certaine mesure, préparé les voies à la dentelle;
2° Les dentelles à la main (aiguille et fuseaux),
de fabrication belge ;
3° Les dentelles à la main, d'origine étran-
gère.
Un quatrième compartiment, en préparation,
comprendra les « dentelles » exécutées autrement
qu'à l'aiguille et aux fuseaux, les dentelles au
crochet, par exemple, ainsi que les produits
d'imitation ou dentelles mécaniques.
INDUSTRIES CONNEXES
Certaines industries, plus anciennes que la
dentelle, ont donné naissance à des produits
ajourés, susceptibles de réaliser déjà, dans la
toilette et dans l'ameublement, les effets de trans-
parence et de légèreté que la dentelle porta si
haut. Leur technique possède, d'autre part, divers
points en commun avec la technique dentellière.
Ces industries ont donc vraiment, pouvons-nous
dire, tracé les voies à la dentelle.
Leurs produits se partagent en deux groupes :
les travaux de broderie, précurseurs du point à
l'aiguille et les travaux de passementerie, d'où
sont sorties les dentelles aux fuseaux.
Travaux de Broderie.
N'ayant à considérer dans la broderie que la
devancière de la dentelle, nous nous bornerons
à parler des broderies les plus voisines de cette
— 6
dernière : les broderies blanches et ajourées.
Celles-ci comprennent : le filet brodé, la broderie
à fils tirés, le lacis et le point coupé.
Filet brodé. — Ce genre de travail comporte
nécessairement deux phases : la confection du
filet lui-même, s'efFectuant à l'aide d'un moule et
d'une aiguille à filocher ; puis, l'œuvre de broderie
proprement dite, consistant à recouvrir le filet de
dessins variés, exécutés au point de reprise.
Les contours de ces derniers sont nécessaire-
ment influencés par la disposition rectangulaire
des mailles qu'ils sont obligés de suivre. Il en
résulte un aspect raide et anguleux, peu favo-
rable, notamment à la représentation des figures.
Le filet brodé jouit d'une grande faveur au
Moyen-âge et à l'époque de la Renaissance, non
seulement pour l'ameublement, mais encore pour
le costume. On lui donnait aussi le nom de réseau
ou réseuil.
Souvent, les morceaux de filet brodé étaient
incrustés dans de la toile, soit unie, soit brodée.
La mode en est revenue de nos jours, du moins
en ce qui concerne l'ameublement. L'intérêt
archéologique, que présentent nos spécimens
anciens, se trouve ainsi doublé d'un regain
d'actualité.
Grande vitrine verticale. Filet brodé, travail
italien de l'époque de la Renaissance. Belle com-
position, rinceaux élégants, peuplés de figures
d'hommes et d'animaux ; vers le centre, à droite,
l'inscription Tigris, reproduite vers la gauche, en
contrepartie. Dans les angles, des portraits
accompagnés d'initiales. Dans la bordure, une
armoirie reproduite plusieurs fois-.
(Collect ion Mon tefiore . )
Sur l'autre face de la vitrine :
Un panneau, à trois compartiments, avec
figures d'animaux (licorne, aigle et cigogne,
cerf fuyant), travail français, de la fin du
XVIe siècle ;
A gauche de ce morceau, un fragment de filet
coupé. Dans cette variante, assez rare, du travail
de filet, on mettait à profit la consolidation
résultant du travail de broderie, pour éliminer, à
l'aide de ciseaux, une partie du filet primitif;
Annonciation, en style italien, portant la date
1628;
Fragment d'une autre Annonciation, en style
flamand, du XVIIe siècle;
(Collection Montefiore.)
Dans le haut, composition religieuse, travail
hongrois, paraissant moins ancien.
Vis-à-vis de la vitrine précédente, deux cadres
3 et 4. renferment des filets brodés, encadrés de bandes
de toile, ornées de point coupé. La plupart de
ces objets sont du XVIIe siècle. Ils se signalent
par une grande variété dans les dessins. Deux
d'entre eux portent une bordure de filet brodé,
en forme de dents. L'usage de ces bords « den-
telles », comme on les appelait jadis, est anté-
rieur à l'apparition de la dentelle ; celle-ci les
adopta, à son tour, et finit par en garder le nom.
[Collection Montefiore.)
5. Paroi verticale. Longues bandes, sur lesquelles
des carrés de filet alternent avec de la toile
brodée, que décorent, en outre, des motifs étoiles,
au point à l'aiguille, d'une grande variété et d'une
exécution très fine. Les dessins en sont em-
pruntés, pour une partie du moins, au célèbre
livre de modèles, publié, vers la fin du seizième
siècle, par l'italien Vinciolo, que Catherine de
Médicis avait fait venir à la cour de France.
(Legs de Biefve.)
L'on a réuni, dans la partie inférieure de cette
vitrine, une série de filets de couleur, espagnols,
italiens et flamands, du XVIIe siècle, dépendant
de la collection Montefiore, ainsi qu'un choix de
filets brodés persans, très anciens et devenus fort
rares, rapportés de Téhéran et offerts au Musée
par Mme Naus.
- 9 -
6. Sur la paroi verticale de la vitrine suivante,
fragments de courtines, où se trouvent retracées
des scènes de l'histoire de la Compagnie de Jésus.
Ces pièces présentent un enchevêtrement de filet
brodé, de point coupé et d'une sorte d'ouvrage en
étoile, semi dentelle, semi macramé (travail à
nœuds). Elles proviennent de l'église Saint-Charles
(anciennement église des Jésuites), à Anvers, où il
en subsiste encore d'autres fragments, servant
aujourd'hui de nappes de communion.
[Collection Montefiore.)
Dans la partie inférieure de la vitrine, d'autres
filets brodés, d'origines diverses, appartenant,
pour la plupart, au XVIIe siècle et dont l'un,
représentant les attributs de la Passion, porte la
date 1612. {Collection Montefiore.)
Broderie à fils tirés. — Cet ouvrage délicat
consiste à retirer, par endroits, de la toile des fils
de chaîne et de trame, dans la proportion des
« clairs » qu'on désire obtenir; puis à recouvrir
d'un travail de broderie les parties du tissu
éclair cies de la sorte.
Parfois, au lieu de retirer les fils, on se borne
à les partager en minces faisceaux, serrés à
l'aiguille et écartés les uns des autres par le fait
même de ce serrement. On traite les « jours » qui
- 10 -
6. en résultent tout comme les « jours » provenant
des fils tirés. C'est la broderie à fils écartés.
Un procédé, plus sommaire encore, consiste à'
semer de petits jours la broderie sur toile en la
trouant simplement au moyen d'une grosse
aiguille. Mais il va sans dire qu'il n'en résulte
qu'un aj ou rage très relatif.
C'est le cas pour diverses pièces de la collection,
notamment pour le gilet Louis XVI et pour la
petite camisole d'enfant, exposés dans la vitrine
n° 89. (Collection Montefiore.)
Mais revenons au fil tiré proprement dit.
Souvent, les fils étaient tirés dans les deux
sens, avec une régularité qui transformait les élé-
ments restants en une sorte de canevas, sur
lequel d'étroites réserves de toile dessinaient un
décor ou une inscription. Dans ce cas, les fils
formant treillis étaient, avant qu'on les recouvrît
de broderie, presque toujours renforcés et fixés
par un enroulement qui leur donnait une grande
solidité. On en usa de la sorte, principalement,
aux époques anciennes.
7. La vitrine n° 7 nous en montre un exemple
curieux. C'est une pièce formée de trois lais
de grosse toile, reliés entre eux par un pas-
sement de fil. Les deux lais de côté sont tra-
— 11 —
versés de bandes de fil tiré, vraiment typiques
pour ce genre de travail. La partie centrale pré-
sente, entre deux champs de fil tiré, brodés de
losanges, un Christ en croix, de caractère plutôt
barbare, entouré des attributs de la Passion. Au
pied de la croix, deux anges d'un style maniéré;
au-dessus des bras, deux petites figures, parais-
sant porter jupon, le poing sur la hanche, et
jouant de l'éventail. Ces détails, joints d'ailleurs
à la lourdeur générale de l'œuvre et à l'âpreté de
la figure du Christ, nous font regarder ce travail
comme étant espagnol. On le croirait du XVIe siè-
cle, n'étaient les anges au pied de la croix, qui
décèlent le siècle suivant.
Cet objet intéressant nous a été donné par
Mme Peltzer de Clermont.
La même vitrine renferme de bons morceaux
de fil tiré, du genre de travail dit « en réserve »,
offerts également par Mme Peltzer de Clermont.
Les uns, rapportés de Normandie, paraissent
dater de la fin du XVIe siècle; l'autre, le grand
morceau, représente un travail italien, que suffi-
rait à désigner comme tel le mot Libertà, qui
s'y trouve constamment reproduit. Ces diverses
pièces sont remarquables par la netteté avec
laquelle les réserves de toile, formant dessin, s'y
trouvent délimitées.
- 42 —
7. Dans les temps plus rapprochés de nous, le
travail se fit plus délicat et plus menu. La ville
de Dinant acquit, au XVIIIe siècle, une véritable
renommée pour ce genre d'ouvrages, qui continua
d'y être pratiqué pendant la première moitié du
XIXe siècle.
La partie inférieure de la vitrine n° 7 en ren-
ferme divers spécimens, parmi lesquels un beau
bas d'aube, avec manches assorties.
8. La Lorraine est encore le pays des fines brode-
ries. On y a travaillé principalement au plumetis,
tandis qu'en Belgique domine plutôt le principe du
« stoppage ».
Nous croyons devoir attribuer à cette région le
fichu portant le n° 241 qui se trouve déposé dans
la vitrine n° 8.
8bis. Le caractère lorrain ne fait pas de doute pour
ce qui concerne la délicate manche à trois étages,
dite « engageante », exposée à l'entrée, dans la
petite vitrine n° 8bis. Cette manche, malheureu-
sement dépareillée aujourd'hui, fut brodée pour
une maîtresse de Louis XV, dans un couvent de
Nancy. Une circonstance imprévue ayant fait
obstacle à sa livraison, on la mit en loterie parmi
les pensionnaires de la maison et le sort la fit
— 13 -
Bbîs. échoir à une jeune fille, de qui elle passa, par
tradition successive, à Mme Eugène Devaux, femme
du distingué portraitiste que l'on sait. M. Eugène
Devaux vient d'oflrir au Musée, en souvenir de
Mme Devaux, ce précieux morceau, jauni par le
temps, mais qui n'en a que plus de crédit pour
nous conter; à la fois, l'habileté des brodeuses
d'antan et le degré de raffinement auquel les
dames du XVIIIe siècle poussaient leurs exigences
de toilette.
Le porte-bébé, de la deuxième moitié du XVIIIe
siècle, exposé dans la même vitrine, nous présente
un très heureux assemblage de Valenciennes et de
délicates broderies, dans lesquelles intervient
également le genre « à fils tirés » .
Ce charmant objet nous a été offert par Madame
Peltzer de Clermont.
8. Les broderies de Saxe, si réputées, ont large-
ment utilisé le principe du fil tiré. Cette technique
y fut développée au point de donner parfois au
tissu l'aspect d'une vraie dentelle. Aussi, désignait-
on souvent ces ouvrages sous le nom de « dentelles
de Dresde » . Mais d'autres pays en produisaient
également et l'on trouvera, dans les deux vitrines
dont nous parlons en ce moment, plusieurs mor-
ceaux de fil tiré, susceptibles déjouer le rôle de
14
8. dentelles véritables. Tels, par exemple, le volant
(n° 326) exposé dans la partie supérieure de
la vitrine n° 8, le bas d'aube et le joli rabat
Louis XV déposés dans la partie inférieure de la
même vitrine.
9. Lacis. — Ce terme a donné naissance à bien
des discussions. Nous n'aborderons pas ces der-
nières, nous bornant à dire qu'à notre avis,
l'ouvrage de treillis, formant la base du lacis,
s'obtenait de deux façons :
1° Par la voie négative, en retirant régulière-
ment des fils dans les deux sens et en les immo-
bilisant, comme dans le fil tiré ;
2° Par la voie positive ou directe, en entrela-
çant sur un châssis, à l'écartement voulu, des fils
se coupant à angle droit. L'entrelacement simple,
résultant de cette opération, ne donnant pas assez
de fixité, on accrut cette dernière en doublant le
fil de trame d'un deuxième fil, disposé en contre-
partie du premier. Le fil de chaîne se trouvait
ainsi pincé entre deux, et il en résultait une
stabilité suffisante pour permettre au travail de
broderie de s'exécuter par dessus.
Toute la vitrine n° 9 est garnie de lacis, exécuté
suivant ce deuxième mode.
— 1D
Les ouvrages dont nous venons de parler,
filet, fil tiré et lacis étaient compris autrefois sous
la dénomination générale d'ouvrages à mailles.
Ceux-ci étaient déjà conçus dans l'esprit de la
dentelle et remplissaient l'office que cette dernière
occupa plus tard. Néanmoins, ils se distinguaient
nettement des dentelles à l'aiguille en ce que, à
la différence de celles-ci, leur exécution nécessi-
tait toujours la préexistence d'un tissu, toile ou
réseau, qui leur servait de base.
Point coupé. — Tel fut aussi le caractère de
la broderie dite « de point coupé » , du moins au
début. Mais nous allons voir qu'en ce qui concerne
ce genre d'ouvrages, les choses n'en restèrent pas
là et que cette broderie se fit dentelle, sans
presque que l'on s'en doutât.
La broderie de point coupé tirait son nom de ce
que, pour ménager dans la toile les jours qu'on
voulait recouvrir de broderie, on ne se borna plus
à retirer simplement un certain nombre de fils, et
qu'on coupa carrément la toile, avec des ciseaux,
dans la mesure désirée. Le bord de l'ouverture,
préalablement assuré au point de boutonnière,
devenait le point d'attache de croisillons de fil, ou
de diagonales, qu'on lançait par dessus l'espace
vide, et Ton formait ainsi une sorte de charpente,
— 16 -
10. ou de bâti, aux branches duquel la broderie pou-
vait, dès lors, accrocher ses fantaisies les plus
menues.
Lorsque le jour à ménager était fort étendu, au
lieu de le découper d'une haleine, on laissait sub-
sister, par places, quelques fils de chaîne et de
trame, qu'on transformait, par un travail à l'ai-
guille, en cordonnets, dessinant, par dessus le
vide, une sorte de fenestrage, formé de carrés
réguliers. Ces cordonnets servaient, en quelque
sorte, de relais à la broderie qui voyageait par
dessus et lui conservaient, en même temps, une
assiette aussi stable que celle de la toile même
dont ils faisaient partie intégrante. Cette méthode
permettait d'étendre les jours indéfiniment, fut-ce
sur toute l'étendue de la toile, transformée, de la
sorte, en ouvrage complètement ajouré. L'aspect
rétiforme qu'imprimait à cette broderie le qua-
drillé des cordonnets de base, lui fit donner le
nom de reticella.
Nous signalerons parmi nos objets de point
coupé, dans la vitrine n° 10 :
Une belle taie d'oreiller, décorée d'une riche
broderie à fils tirés, avec des médaillons de reti-
cella d'une grande délicatesse. C'est un travail
français de la deuxième moitié du XVIe siècle ;
Plusieurs bandes de lingerie,, décorées de
dessins élégants, avec jours de point coupé :
travail italien, également du XVIe siècle ;
Un corporal bordé de reticella;
Des bandes de lingerie destinées à entourer
les rouleaux de la Loi et portant des inscriptions
en hébreu; (Collection Monteflore.)
Enfin, parmi les objets modernes, une longue
pièce de lingerie provenant des Abruzzes et une
chemise de paysanne calabraise, donnée par
Mme Van der Stappen.
Le point coupé pouvait en demeurer là, sans
réclamer de nouveaux progrès techniques, tant
qu'il trouva moyen de s'appuyer sur un enca-
drement de toile. C'était le cas pour les entre-
deux, pour les rectangles de broderie encadrés
de tissu, en un mot, pour toutes les broderies à
bords droits, appelées à faire corps avec la pièce
principale. Mais il n'en fut plus de même lorsque,
pénétrant dans le domaine de la passementerie, le
point coupé voulut jouer le rôle de bordure
d'ajouté et spécialement de bordure dentelée. Il
ne pouvait évidemment en arriver là qu'en créant,
de toutes pièces, cette fois, et à l'état libre, le bâti
que ne pouvait plus soutenir aucune toile envi-
ronnante.
C'est ce qu'il fit. L'invention du point à l'ai-
2
— 18 —
guille ne fut pas autre chose que la substitution
d'un bâti libre au bâti précédemment appuyé sur
un entourage de tissu ; et il est assez vraisem-
blable que la raison déterminante de cette inven-
tion fut la nécessité de procéder de la sorte dans
les bordures dentelées, que la technique du point
coupé devait porter à une si haute perfection.
Le travail nouveau conserva, pour le surplus,
l'allure et le caractère du travail précédent ; on
lui maintint même, par habitude, le nom de point
coupé, qu'il garda pendant un siècle encore,
tant que subsista, dans le point à l'aiguille, le
style ancien, dit géométrique.
Travaux de Passementerie.
La genèse de la dentelle aux fuseaux apparaît,
à première vue, d'une façon moins nette. On ne
peut douter cependant que la passementerie ait
été son point de départ.
La passementerie fut jadis un art très en faveur.
Elle donna naissance à mille inventions char-
mantes, que nous ont transmises les portraits
anciens et dans lesquelles l'élégance et l'ingénio-
sité le disputent à la richesse des matières pre-
mières mises en oeuvre.
— 19 —
Nous nous en tiendrons, quant à nous, au
seul genre de passementerie qui intéresse direc-
tement notre sujet, à savoir les galons et bor-
dures. Nous ne parlerons même pas de tous les
galons. Ceux-ci se partagent, en effet, en galons
tissés ou travaillés au métier et en galons exécu-
tés aux fuseaux. Ces derniers, les seuls qui doivent
retenir notre attention, portaient spécialement le
nom dépassements.
Le passement était donc, à proprement parler,
une bordure, ou un galon, exécuté aux fuseaux,
soit sur un carreau, quand il fallait user d'épin-
gles, soit sur le boisseau (1), dans les autres cas.
Répondant aux goûts fastueux de l'époque, les
passements furent d'abord faits de fils d'or, d'ar-
gent ou de soie.
On leur appliqua, d'autre part, une forme,
depuis longtemps en vogue pour les bordures des
vêtements, la forme dentelée (2) et l'on créa, de la
sorte, des passements dentelés ou dentelles, c'est-
à-dire faits en forme de dents.
(1) Boisseau, portion d'un cylindre de bois mince, creux, coupé
par la moitié et sur lequel les fuseaux sont placés, leur tête tour-
née vers l'ouvrier, V. Savary, Dict. du commerce.
(2) On commença par découper, en forme de dents, l'étoffe
même dont était fait le vêtement. Puis, on trouva plus pratique de
remplacer ces découpures par une ajoute de passementerie, qui
avait l'avantage, d'autre part, d'ajouter à la toilette un accent de
plus grande richesse.
— 20 —
Toutes les dentelles d'or et d'argent qui se sont
faites depuis lors, ne sont pas autre chose. Elles
n'ont, du reste, jamais quitté le domaine de la
passementerie qui leur donna naissance et c'est
encore dans la classe des passementeries que nous
les voyons figurer aux Expositions.
Qu'est donc de plus la dentelle proprement
dite? Quel est l'élément nouveau qui lui valut de
constituer un produit si nettement à part? Une
chose bien simple : la substitution du fil de lin
aux fils formés précédemment de matières plus
riches. C'était une faible trouvaille, en apparence ;
mais, en réalité, ce fut une révolution telle que
la dépendance de la passementerie s'en trouva
secouée et qu'il en surgit une industrie nouvelle,
évoluant de sa vie propre et marchant à des
destinées sans précédent en ce genre.
Un principe domina ces dernières : l'esprit de
lingerie, dont les premiers souffles, venus de
l'Orient, par les croisades, avaient gagné toute
l'Europe, introduisant dans le costume une note
de légèreté, de fraîcheur, de netteté et d'hygié-
nique confort, qui formait comme l'antithèse des
riches tissus, épais et hermétiques, se lavant
mal ou pas du tout, dont on s'était accommodé
jusque là.
Le XVIe siècle qualifia la dentelle de « fleur
— 21 —
de lingerie » et c'est sous ce jour-là qu'il faut
l'envisager si l'on ne veut méconnaître la force
vivifiante qui lui donna son caractère et sa vitalité.
Le lin, substance modeste, presque vile, tenait
heureusement de quoi racheter, aux yeux du
monde, son origine plébéienne. L'extrême divisi-
bilité de ses fibres permettait d'en tirer un fil
d'une ténuité telle que sa valeur au poids attei-
gnit la valeur du fil d'or. C'était assez pour que
la mode accordât ses faveurs à l'humble lin,
devenu précieux à ce point.
Mais ce ne fut pas tout. Pour utiliser cette
finesse et la mettre en valeur, la technique des
fuseaux fut conduite à modifier complètement son
allure d'autrefois. Privée de l'éclat facile des
matières premières, réduite à son mérite propre,
elle dut désormais porter toutes ses forces sur la
beauté et la finesse de l'exécution. Le souci de
pousser toujours plus avant dans ce sens, tint
les fuseaux en alerte constante et Ton vit, de cette
manière, une vie souple et variée se substituer
aux façons d'être, monotones et figées des passe-
ments d'autrefois.
En même temps, conséquence tout aussi impor-
tante de l'introduction du fil de lin, la confection
du passement qui, pour les matières d'or et
d'argent, constituait essentiellement un métier
— 22 —
d'homme, comme il n'a cessé, du reste, de le
demeurer, la confection du passement de lin devint
essentiellement un métier de femme. Ce fut,
peut-on dire, la dentelle de lin qui créa la dentel-
lière et l'on sait à quel point cette féminisation
du métier influença, à son tour, le tempérament
des produits qui allaient en sortir.
En résumé, la dentelle ne fut donc pas, à
vrai dire, une invention. La seule innovation
technique consista dans l'application d'une mé-
thode plus souple et plus délicate à la mise en
œuvre des procédés anciens. La raison d'être de
cette innovation fut l'introduction formelle du lin
dans l'industrie du passement. Ce fut le lin qui fit
franchir à la dentelle le seuil de ses destinées
nouvelles. Mais, s'il y réussit aussi complètement,
c'est que sur ce seuil l'attendait la main de la
femme, seule capable de conduire et d'élever la
dentelle aux délicatesses qui devaient faire son
mérite et sa gloire.
Telle est la façon simple et naturelle dont a pris
naissance la dentelle aux fuseaux.
11. Nous rencontrerons plus loin, dans les dentelles
de Flandre, des passements dentelés ou picots,
qui reproduisent assez exactement ce que furent
les premières dentelles de lin. Mais nous avons
— 23 —
cru devoir, en outre, réunir ici, dans la vitrine
n° 11, quelques passementeries anciennes, de tout
genre, à seule fin de rappeler le rôle joué par la
passementerie dans la genèse de la dentelle aux
fuseaux et de l'opposer à la broderie, dont le
point à l'aiguille procéda de son côté.
Signalons, parmi les plus intéressantes, la jolie
dentelle d'or, donnée par Mme Bollati, de Rome,
ainsi que la série de dentelles, d'or également,
qu'a bien voulu nous prêter Mme Paul Errera.
Nous avons également accueilli dans les indu-
stries connexes deux autres genres de produits
ayant avec la dentelle de grandes affinités : ce
sont les blondes et les tulles brodés.
Blondes. — Les dentelles de soie sont généra-
lement connues sous le nom de Blondes. Cette
dénomination leur vient de ce que les premières
dentelles de ce genre furent faites d'une soie
écrue, dont la teinte justifiait parfaitement l'appel-
lation en question. On y employa, plus tard, des
soies de couleur, principalement des soies noires;
mais le travail demeura, pour le surplus, tout
pareil au précédent et, aux yeux de celui qui
devait les exécuter, ces divers genres n'offraient
guère de différence entre eux. C'est pourquoi les
— 24 —
12. gens de métier les confondirent sous un même
nom et pourquoi, malgré leur contraste, les den-
telles de soie noire se sont appelées des blondes,
tout comme les dentelles couleur des blés.
On a fabriqué des dentelles de soie en de nom-
breux endroits. Ce serait nous écarter de notre
sujet que d'entrer là dessus dans de plus grands
. détails. Qu'il nous suffise de dire que, dans notre
pays, le principal centre de cette production, assez
délaissée de nos jours, fut la ville de Grammont.
Les spécimens exposés ici se rapportent, pour
la plupart, à la période de 1820 à 1840. Ils sont
intéressants par leur forme, autant que par leurs
caractères techniques. Nous remercions tout
particulièrement Mme Delehaye, Mlle Julie H ayez,
Mme Kefer Mali, Mlle Minet et Mme Edgar de
Prelle de la Nieppe, qui eurent la bonté de nous
les offrir.
13 et 14. Tulles brodés. — Les tulles brodés «jouent »
la dentelle et se substituent, en réalité, à celle-ci
à un tel point que nous devions nécessairement
les comprendre dans nos industries connexes.
La broderie sur tulle s'exécute soit à l'aiguille,
soit au crochet.
La broderie à l'aiguille est travaillée notam-
ment clans le pays de Waes, où elle concourt,
— -25 —
avec le point de Lille, à produire les curieux
bonnets, dont le port s'est heureusement conservé
dans les diverses provinces de la Hollande.
La maison E. van Migem, d'Anvers, est le
principal représentant de cette industrie, que J.-J.
Collier, de Lille, ancêtre direct des chefs actuels
de la maison, vint fonder dans le pays, il y a plus
d'un siècle. M. E. van Migem a bien voulu, à
notre demande, réunir et nous offrir généreu-
sement une collection des divers bonnets hollan-
dais dans lesquels interviennent les produits de
sa fabrication. Cette collection, qu'accompagne la
présentation, dans des cadres spéciaux, des types
de broderies et de dentelles qui entrent dans la
confection de ces bonnets, cette collection, disons-
nous, est d'un grand intérêt.
M. van Migem nous a emprunté, pour la durée
de l'Exposition de 1910, les bonnets mêmes, qui
sont, en ce moment, exposés au Solbosch ; mais
les cadres documentaires sont demeurés ici : ils
se trouvent exposés sur le palier d'entrée.
Le deuxième centre de la broderie sur tulle est
la ville de Lierre. On y brodait autrefois et on y
brode encore à l'aiguille ; mais ce genre d'ouvrage
a été complètement détrôné par le travail du
crochet.
Des coupons de tulle brodé, exposés dans la
— 26 —
13 et 14. vitrine n° 13 et dont la fabrication se place vers
1850, ont tout à fait l'allure des petits volants de
dentelle ou de blonde qu'on employait dans la
toilette, en ce temps-là. Nous les devons à l'obli-
geance de Mme Préherbu, de Mme Delehaye, de
Mlle Minet et de Mme Kefer Mali.
Nous signalerons, pour l'époque du premier
Empire et de la Restauration, deux voiles, d'un
dessin riche et élégant, qui nous ont été offerts,
l'un par M. Montefiore-Levi, l'autre par Mme Paul
De Mot.
La vitrine n° 14 renferme de très beaux volants,
plus anciens encore, dépendant du fonds Monte-
fiore. Ces morceaux ne sont pas seulement remar-
quables par le dessin; le travail y est, de plus,
poussé au point qu'aucune partie du fond de
tulle ne subsiste à l'état primitif: partout où ne
régnent pas les points de broderie, le tulle se
trouve doublé, de manière à former des parties
mates d'un très heureux effet.
15. M. Lavalette, fabricant de dentelles, à Bruxelles,
nous a fait don du grand rideau, dit « mystère »
qui occupe le cadre n° 15. Cette pièce, d'un beau
dessin, a été exécutée en 1880.
16. Les cadres suivants renferment une intéres-
sante série de types de broderies sur tulle que
6
— 27 —
nous a gracieusement offerte Mme Skellekens-I)e
Pauw, de Lierre, une véritable artiste, ainsi qu'en
témoignent les nombreux dessins dont elle est
l'auteur.
Nous exposons, à l'extrémité de cette rangée de
cadres, deux pièces de la collection Montefiore qui
n'avaient pu trouver place dans les vitrines précé-
dentes :
Un voile du XVIIe siècle, en broderie à fils tirés;
Et un manteau, très délicatement brodé de soie,
avec entre-deux et dentelle assortis.
L'analyse des divers genres d'ouvrages, dont
nous venons de nous occuper, fera saisir plus fa-
cilement la définition suivante de la dentelle.
La dentelle proprement dite est un agencement
de fils de lin, d'un caractère décoratif, exécuté à
l'aiguille ou aux fuseaux, indépendamment de tout
tissu lui servant de support.
Telle fut, du moins, la dentelle dans son expres-
sion première et pure, et à ses jours les plus
glorieux. Plus tard, principalement à partir
du XIXe siècle, le coton a pris rang dans la
confection de la dentelle et il tend, de plus en
plus, à évincer le fil de lin, qui régnait seul pré-
cédemment.
28
Après avoir considéré, comme nous l'avons
fait, la façon dont prirent naissance le pointa
l'aiguille et la dentelle aux fuseaux, on peut se
demander lequel de ces deux genres a précédé
l'autre, quel pays les a vu naître et, finalement,
quelle date il convient d'assigner à leurs pre-
mières manifestations.
Ces divers points ont fait l'objet de vives dis-
cussions, au cours desquelles le chauvinisme des
parties intéressées a mis en ligne des arguments
de toute espèce.
Leur solution ne présente pas un intérêt pra-
tique suffisant pour que nous nous y arrêtions
longtemps.
Une chose paraît certaine, c'est que la
dentelle est apparue lentement, par voie d'évo-
lution. Ses débuts furent des plus modestes, si
bien qu'aucun auteur ne semble avoir pris la
peine d'en consigner, en termes exprès, l'avène-
ment. Les portraits de l'époque, quelques indica-
tions tirées des vieux livres de modèles, les notes
fournies par d'anciens inventaires, telles sont, en
cette matière, nos seules sources d'information.
Et encore, ces observations sont-elles bien su-
jettes à caution.
Les inventaires commandent, en effet, la plus
grande prudence, étant donné que beaucoup de
— 29 —
termes, qui, dans notre langage actuel, visent de
la vraie dentelle, étaient employés anciennement
dans un sens très différent : tels le mot dentelle
lui-même et ses homologues allemand et italien :
Spitzen et merletti ; tels encore les mots punto,
lace, guipure, passement, etc., directement em-
pruntés à la broderie ou à la passementerie.
Quant aux éléments d'appréciation tirés des
livres de modèles du XVIe siècle, ils sont confus
et contradictoires. De plus, la façon dont les édi-
teurs se pillaient leurs planches, de pays à pays,
rend suspectes les conclusions qu'on en pourrait
tirer concernant le pays d'origine des modèles
que ces planches représentent.
C'est, en définitive, dans les portraits et dans
les tableaux que résident les témoignages les plus
précis et les plus authentiques.
On a retrouvé dans certains tableaux du
XVe siècle, au bord des objets de lingerie, de
petits agréments (bâtonnets, arcatures minus-
cules, etc.) manifestement faits de lin, se profilant
en dehors de la toile et rentrant par conséquent
dans la définition de la dentelle. Ce seraient, si
l'on veut, des rudiments de dentelle et le Dr Dre-
ger, de Vienne, qui s'en est occupé spécialement,
les appelle les « dentelles du XVe siècle. » Mais
cet auteur admet, tout le premier, que ce ne sont
— 30 —
pas encore là de vraies dentelles. Les premiers
ouvrages dignes de ce nom apparaissent, vers
l'an 1535, sur les portraits, tant d'hommes que
de femmes, bordant la lingerie du col, ainsi que
les manchettes. Ce sont, à tous égards, de véri-
tables dentelles, puisque non seulement ils répon-
dent à la définition ci-dessus, mais qu'ils repro-
duisent, en outre, le profil dentelé d'où les
dentelles ont définitivement tiré leur nom.
En général, et pour autant que la peinture
permette d'en juger, ces premières dentelles
paraissent être faites à l'aiguille et leurs dessins
préludent aux délicates constructions géomé-
triques que devait achever de mettre à la mode
l'Italien Vinciolo.
Est-ce à dire que le pointa l'aiguille ait devancé
la dentelle aux fuseaux et que la dentelle, dans
son ensemble, eut l'Italie pour berceau?
Non, sans doute. Le point à l'aiguille ayant
été, de tout temps, la dentelle d'apparat, nous
devons nous attendre à le rencontrer sur les por-
traits, de préférence à la dentelle aux fuseaux,
qui se portait davantage dans la vie ordinaire.
La rareté de la dentelle aux fuseaux, dans les
portraits du XVIe siècle, ne témoigne pas plus
contre son existence que ne témoigne contre
3i
l'existence des coiffures à barbes du XVIP et du
XVIIIe siècles, l'extrême difficulté de retrouver
un portrait sur lequel ces coiffures soient repré-
sentées.
Un seul point nous paraît établi : c'est que la
dentelle, tant à l'aiguille qu'aux fuseaux, date
du moment où Ton se mit à exécuter, en fil de lin,
les bords dentelés dont il fut de mode de garnir
les collerettes et les manchettes.
Ce fut le cas, nous l'avons dit, pour le point
coupé, que ce profil dentelé força de rompre avec
la technique, à base de toile, de la reticella; ce
fut le cas également pour la dentelle aux fuseaux,
comme en témoigne matériellement le nom même
qu'on lui donna.
La mode de ces bords dentelés, nous l'avons
dit, n'était point nouvelle. La passementerie les
utilisait depuis longtemps. Il paraîtrait, dès lors,
assez vraisemblable, que les passements aux
fuseaux, pour qui la création des dentelles de lin
n'offrait aucune difficulté technique, aient de-
vancé, dans leur production, le point coupé,
pour qui la confection des mêmes dentelles néces-
sitait, au contraire, l'invention de procédés entiè-
rement nouveaux.
Mais, vaines discussions que tout cela. Aiguille
et fuseaux se sont suivis d'assez près pour que
— 52 —
nous ne soyons pas tellement intéressés à décou-
vrir qui des deux marcha devant.
Quant à l'autre point, celui de savoir en quel
pays la dentelle prit naissance, un fait indé-
niable domine tout ce qu'on en pourrait dire.
L'Italie n'a cessé, jusqu'au XVIIIe siècle, d'être,
par excellence, le pays du point à l'aiguille, tandis
que les Pays-Bas demeuraient la terre bénie de
la dentelle aux fuseaux. Nous en concluons, quant
à nous, que chacun de ces pays eut vraisembla-
blement le mérite d'avoir donné naissance à la
branche spéciale d'industrie qui s'y montre si bien
« chez elle ». Que l'Italie garde donc l'aiguille et
la Belgique les fuseaux.
II
DENTELLES BELGES
Nous venons de dire que la Belgique est,
avant tout, le pays de la dentelle aux fuseaux.
Le point à l'aiguille y fut sans doute pratiqué,
lui aussi; mais on peut affirmer, d'une façon géné-
rale, qu'en dehors de Bruxelles, sa fabrication
n'apparaît dans notre pays qu'à titre accidentel.
Nous en reparlerons en son temps.
Les débuts de la dentelle, en Belgique,
demeurent obscurs. On doit croire cependant
qu'elle y fit son apparition vers le deuxième tiers
du XVIe siècle.
La fabrication de la dentelle, pratiquée dans
différents centres, ne se diversifia pas de suite
au point de déterminer des genres locaux, dési-
gnés par le nom de leurs localités respectives. Les
productions de celles-ci se perdaient encore dans
— 34 —
une technique générale commune et l'étranger les
confondait, à son tour, sous l'unique appellation
de dentelles de Flandres (1).
Ce serait pourtant une erreur de croire que,
dès le principe, les influences locales n'aient pas
mis quelque peu leur empreinte sur les produits
issus de ces centres divers. L'action des milieux,
âme de toute évolution, ne connaît point de répit
et la dentelle ne put manquer d'éprouver son
influence dès les premiers temps. Seulement, on
ne prit pas garde, tout d'abord, à ces accents
locaux, assez faibles encore et l'on attendit, pour
en tenir compte, qu'ils eussent pris la valeur plus
accusée que consacra définitivement la différen-
ciation des fonds de réseau.
Nous croyons pouvoir, en ce qui concerne les
dentelles aux fuseaux, ramener les genres locaux
à quatre grandes familles, qui serviront de base
à notre classification.
Ces familles sont :
1° Les dentelles de Bruxelles, auxquelles nous
rattachons les dentelles dites « de Brabant » ;
2° Les dentelles de Flandre;
(1) Dans le Brabant et dans la Flandre on désignait les ouvrages
en question sous les noms de tt kant „, bordure et de " spelle-
werk „, travail aux épingles.
_ 3o —
3° Les dentelles de Malines et leurs congé-
nères de la province d'Anvers;
4° Les dentelles de Valenciennes et leurs
proches parentes, les dentelles de Binche.
Dentelles de Bruxelles.
Il est logique de penser qu'on produisit de la
dentelle à Bruxelles plus tôt que dans toute
autre ville du pays. Bruxelles, résidence habi-
tuelle de la Cour, était la ville de la mode et des
élégances et le mot d'ordre dut venir de là, d'au-
tant plus que la dentelle fut le résultat, non pas
d'une invention subite, susceptible de se produire
n'importe ou, mais d'une action progressive dont
la capitale était certainement le centre.
Nous n'avons recueilli là dessus aucune indi-
cation précise antérieure à 1550 ; mais nous
connaissons des textes formels prouvant que
l'industrie de la dentelle était en pleine activité à
Bruxelles, dès la deuxième moitié du XVIe siècle,
et qu'on y employait déjà les enfants.
On distingue, dans les dentelles de Bruxelles,
les dentelles à fond de brides, dans lesquelles les
fleurs et, en général, les éléments du décor sont
— 56 —
soutenus et reliés entre eux par des barrettes,
hérissées d'ordinaire de tout petits picots ; et les
dentelles à fond de réseau, dans lesquelles ces
mêmes éléments décoratifs se projettent sur un
fond de petites mailles, de forme variable, juxta-
posées régulièrement comme les mailles d'un filet.
Enfin, lorsque les éléments du décor • se
touchent directement, sans interposition de brides
ni de réseau, ne laissant par conséquent entre
eux que les interstices résultant de l'inégalité de
leurs contours, on donne aux dentelles le nom de
guipures.
Les dentelles les plus anciennes furent des
guipures, terme, soit dit en passant, emprunté à
l'industrie voisine de la passementerie. Puis, ce
fut le tour des dentelles à brides, dont l'apogée
correspond à la deuxième moitié du XVIIe siècle.
Finalement, dans le dernier quart de ce même
siècle, nous voyons apparaître les dentelles à fond
de réseau, dont le règne occupe le XVIIIe siècle
tout entier.
Nous retrouverons plus loin, sous le nom de
dentelles de Flandres, les anciennes guipures,
qui se firent partout dans le pays flamand. Mais
17. nous revendiquons spécialement pour Bruxelles
une guipure historiée, par laquelle va s'ouvrir
— 37 —
17. notre énumération et qui constitue l'une des pièces
capitales delà collection. Nous voulons parler du
couvre-pied exposé dans le cadre n° 17.
Il résulte d'une étude détaillée, dont cette
pièce a fait l'objet récemment, que le couvre-pied
en question, entièrement exécuté aux fuseaux,
aurait été olfert aux archiducs Albert et Isabelle,
à l'occasion de leur inauguration, à Bruxelles,
en qualité de ducs de Brabant, l'an 1599.
On y trouve représentés les nouveaux souve-
rains, qu'achève de désigner leur monogramme,
reproduit deux fois; puis le roi Philippe II et
d'autres personnages princiers; les armoiries de
Brabant, d'Espagne et d'Angleterre, les lys de
France, l'aigle d'Autriche, et enfin, tout autour
de ces motifs de circonstance, de nombreux
sujets empruntés au célèbre cortège de l'Omme-
gang du Sablon. La figure légendaire de sainte
Gudule, qu'on remarque vers le milieu de la
pièce, complète, d'une façon très heureuse, la
physionomie bruxelloise de ce document.
La bordure est formée des figures d'un certain
nombre d'empereurs romains et des sibylles,
images fort à la mode, au XVIe siècle, dans les
Pays-Bas.
La technique dentellière dont Bruxelles s'est
fait une spécialité, se dessine déjà dans ce mor-
— 38 —
17. ceau par deux traits bien caractéristiques, à
savoir la prédilection pour les représentations de
figures d'hommes et d'animaux et, d'autre part,
les effets de relief, qu'on rencontre principale-
ment dans la représentation des accessoires. Ces
reliefs constituent parfois de véritables appen-
dices, exécutés aux fuseaux, comme le reste.
Tels sont, par exemple, le rayon qui, dans le n°
46, s'échappe de l'ostensoir ou le soufflet du
diable, dans l'image de sainte Gudule; ou bien
encore, les collerettes dans les divers portraits,
les rames dans la représentation du navire, le
sceptre de la figure n° 47 et, d'une façon géné-
rale, les doigts des personnages, les noeuds des
vêtements, etc.
Les inégalités manifestes que nous montre
l'exécution de cette dentelle annoncent la colla-
boration de plusieurs ouvrières. Ces inégalités
apparaissent surtout dans les sujets reproduits
deux fois et susceptibles, dès lors, d'être con-
frontés directement. Si l'on compare, par exem-
ple, dans les nos 34 et 38, les représentations de
l'homme agenouillé aux pieds du roi, on demeure
frappé de la distance qui les sépare : d'une part,
un vrai dessin d'enfant, gauche, presque gro-
tesque, d'autre part, une figure bien com-
prise, convenablement dessinée et d'une certaine
- 59 —
L7. noblesse. On peut en conclure que les modèles
livrés aux ouvrières laissaient à celles-ci quelque
liberté d'interprétation. La dentellière y mettait
du sien et ce qu'elle pouvait avoir de sens artis-
tique trouvait ainsi moyen de s'affirmer.
[Collection Montefiore.)
18. Des dentelles à brides du XVIIe siècle occupent
la vitrine n° 18.
C'est d'abord un volant, formé de deux demi bas
d'aube, à fond de brides picotées, dont les rin-
ceaux, très embrouillés, sont traversés par
d'étroits cordonnets, décrivant des nœuds et des
entrelacs et encadrant de petits « jours », où se
dessinent déjà certains points qu'adopta définiti-
vement la dentelle de Brabant.
La même technique se retrouve dans le frag-
ment de haut volant, placé au dessus ; mais ici
les rinceaux font place à des ordonnances élan-
cées, que dénomme assez justement le terme de
« candeliere », dont on les a baptisées.
Les picots, ou bords inférieurs dentelés de ces
deux morceaux, sont particulièrement intéres-
sants.
Un peu plus ancien doit être le fragment en
hauteur, à droite. Le dessin, très élégant, relève
du genre dit « Bérain », du nom du dessinateur
— 40 —
18. du Roi, qui le créa. On ne peut malheureusement
suivre son entier développement dans ce fragment
trop étroit, qui semble découpé du magnifique
volant, tout à fait pareil, existant dans la collec-
tion de M. Alfred Lescure, à Paris.
La pièce exposée à gauche, dans cette vitrine,
paraît être un arrangement, relativement mo-
derne, de dentelles de la fin du XVIIe siècle, ou
même du commencement du siècle suivant.
19. C'est aux premières années du XVIIIe siècle
que nous rapportons le bas d'aube, déposé dans le
même meuble, sous le n° 20 et qui provient de
l'église de Tervueren.
Les brides picotées qui constituent le fond
de cette pièce ; les entrelacs, formés d'une sorte
d'étroit lacet, qui y abondent ; les reliefs ou brodes
qui relèvent le dessin, sont autant d'indices de
son origine bruxelloise. Elle appartenait, d'ail-
leurs, à l'église d'une commune, voisine de la
capitale, ayant toujours eu des attaches très
directes avec la Cour de Bruxelles.
Le dessin nous montre, en dehors de vagues
trophées de chasse, un aigle s'élevant vers le
soleil, motif favori du règne de Louis XIV, puis
un entrelacs formé des lettres E et C et enfin deux
portraits juxtaposés et surmontés de la couronne
impériale.
— 4Î —
L'étude de cette dentelle a démontré que les
personnages représentés sont le roi Charles III,
devenu depuis l'empereur Charles VI et sa femme
Elisabeth de Brunswick: ce qui concorde avec le
monogramme ci-dessus. Les cœurs enflammés,
apparaissant sous les portraits, font présumer
que la dentelle fut exécutée à l'occasion du
mariage des souverains, ce qui la daterait exacte-
ment de l'année 1708. Le caractère général de la
composition accuserait une date plus ancienne;
mais c'est l'occasion de faire remarquer que les
dentelles belges retardent, le plus souvent, d'une
trentaine d'années sur le style du jour, tel qu'on
le trouve en France.
Le beau volant qui tapisse cette vitrine appar-
tient, par son style, à l'époque Louis XÏV. Il est à
fond de brides picotées. L'intérieur des fleurs et
des palmettes est partout occupé par un champ de
mailles, dites à cinq trous, très en faveur dans le
Brabant, La nervure centrale des palmettes se
détache en relief, suivant la pratique bien connue
de Bruxelles. L'ensemble de ces caractères ne
permet pas de douter que ce morceau ait été
exécuté dans la capitale.
Cette pièce remarquable nous a été offerte par
la Société des Amis des Musées Royaux de l'État,
à Bruxelles.
— 42 —
21. La partie inférieure du meuble renferme, à
gauche, un bas de surplis, montrant ce que la
dentelle à fond de brides réalisait de plus léger et
de plus délicat dans le genre courant.
Au milieu d'autres spécimens, analogues au
précédent, se place, à droite, un objet qui mérite
de retenir spécialement l'attention. C'est une faille
minuscule, faite pour poser, par le milieu, sur la
tête d'une statuette de Vierge, aux côtés de laquelle
le reste de la dentelle retombait en versants symé-
triques. Le dessin en est charmant et l'on ne pour-
rait imaginer un travail d'une plus grande finesse.
Sans doute, cette dentelle est le fruit de la pieuse
application de quelque béguine (on sait que les
béguines étaient les maîtresses dentellières de
l'époque), qui l'aura confectionnée avec amour,
pour en parer la petite madone de son oratoire
privé.
22. Les trois morceaux qui occupent la vitrine ver-
ticale appartiennent à la catégorie de voiles, dits
« de bénédiction ». Ce nom leur vient de ce que,
suivant une règle liturgique, tombée en désué-
tude, on s'en servait pour donner la bénédiction du
Saint Sacrement. D'ordinaire, on les disposait,
pendant l'office, sur le bord de l'autel, devant lequel
ils retombaient en pointe. C'est ce qui explique la
forme pointue de quelques-uns d'entre eux.
— 43 —
22. Ces voiles pouvaient aussi servir de veluins,
qu'on plaçait, par respect, devant le Saint
Sacrement, quand les fidèles étaient amenés à
tourner le dos à l'autel, pour écouter le sermon,
par exemple. Les voiles étaient, dans ce cas,
montés sur étoffe et terminés, dans le haut, par
une barre suspendue à un pied de bois, posant sur
l'autel. C'est à raison de ce mode de suspension,
sans doute, que deux de nos spécimens ont eu
leur bord supérieur coupé droit.
Le plus ancien de nos voiles paraît être celui
placé à gauche et portant l'image de Notre-Dame
des VII Douleurs. Celle-ci se détache sur un
champ de mailles rondes, dans un cadre, à
ramages Louis XIV, dont les plats sont remplis
de mailles à cinq trous, comme dans le grand
volant de la vitrine précédente. Le reste du mor-
ceau présente, sur un fond de brides picotées,
d'élégants rinceaux, directement inspirés de la
Renaissance et sur lesquels se détachent, aux
quatre points cardinaux, des anges portant les
attributs delà Passion.
Cette pièce est d'une technique parfaite. Les
toiles variés, de même que les jours et les reliefs
qui décorent le vêtement de la Vierge, sont on ne
peut plus habiles et précis. Ces qualités se retrou-
_ 44 —
22. vent, du reste, dans les anges et dans l'ensemble
du morceau qui remonte, pensons-nous, à la fin du
XVIIe siècle, ou aux premières années du XVIIIe.
Le voile du milieu représente un Pape, des
mains duquel une princesse agenouillée reçoit,
sans doute, quelque bulle de fondation. Au dessus
du dais qui surmonte cette scène, on voit une
représentation delà Vierge portant l'Enfant Jésus.
Le fond de mailles sur lequel se détachent ces
figures n'est plus formé de la maille ronde, ren-
contrée dans le voile précédent, mais de la maille
hexagone, dite drochel ou droschel, qui constitue
au XVIIIe siècle, l'une des caractéristiques de la
dentelle de Bruxelles.
Les anges, timbaliers et trompettes, ainsi que
le décor du reste de la pièce, sont disposés sur
un fond de brides picotées.
Nous retrouvons, cette fois encore, au cœur
des ramages, spécialement dans la bordure, les
mailles à cinq trous, dont la présence sera si
souvent signalée dans les dentelles de Bruxelles
et de Brabant.
Nous ne pourrions que répéter, au sujet de la
technique de cette pièce, de ses toiles, de ses
jours et de ses reliefs, les éloges que nous décer-
nions, à l'instant, au voile de Notre-Dame des
VII Douleurs.
4o
Le troisième voile, à droite, est consacré à
l'Invention de la Sainte-Croix, par sainte Hélène.
La croix vient d'être dégagée par le terrassier
qui se tient là, debout, le chapeau à la main.
L'impératrice, agenouillée, embrasse la relique
fameuse, et, pour la soutenir plus respectueuse-
ment, se couvre la main d'un mouchoir précieux.
Dans le haut, la croix triomphale, accostée
d'une indication des plus intéressantes : la date
1720.
Ici encore, c'est un champ de mailles drochel,
qui sert de fond aux figures ; c'est sur un jeu de
brides picotées que se détachent les ornements.
Nous y retrouvons, de même, les palmettes et
autres motifs du décor, bourrés de mailles à cinq
trous et sillonnés ou bordés de nervures en relief,
tels que nous les montraient les diverses pièces,
que nous venons d'énumérer, et dont l'étroite
parenté s'affirme de la sorte.
Ces trois voiles proviennent de l'ancien Bégui-
nage de Bruxelles, très réputé, au XVIIIe siècle,
pour la perfection de ses ouvrages.
Dans la vitrine en face, on voit trois autres
voiles. Celui du milieu nous montre, dans un
robuste cadre Louis XIV, saint Jean baptisant
le Christ. La composition est empreinte d'une
— 46 —
23. réelle grandeur et d'une noblesse qu'accentuent
encore les dimensions peu communes de la pièce
ainsi que les larges proportions données aux
divers éléments du décor. D'autre part, la techni-
que est fort belle, aussi bien dans les toiles que
dans les jours et dans le champ de mailles, tantôt
rondes, tantôt hexagones, qui occupe le fond.
Ce voile provient de l'église de Sainte-Catherine,
à Bruxelles, laquelle dépendait autrefois de la
paroisse de Saint- Jean-Baptiste, à Molenbeek,
circonstance qui explique le choix du sujet repré-
senté.
Les deux voiles, à gauche et à droite, appar-
tiennent à la Fabrique de l'église de Saint-Nicolas,
à Bruxelles.
Le champ du voile de gauche, se partage
entre la grande maille ronde et le fond de brides
picotées.
Les toiles nous montrent clairement, à côté du
point de toile proprement dit, le « grillé » à tex-
ture losangée coupée d'un troisième fil. C'est le
point que nous voyons constamment mis en œuvre
dans la dentelle de Brabant, qu'accusent égale-
ment ici les larges fleurettes, plates et sans tige,
qui s'étalent partout.
47
Signalons encore, dans la bordure de côté, vers
le bas du voile, un motif « en éventail », que
Bruxelles possédait en propre, au milieu du XVIIIe
siècle et dont nous aurons l'occasion de reparler.
Le voile à droite est fort curieux. Nous y
retrouvons, sur un fond de brides picotées, les
caractères que nous venons de relever au sujet
de la dentelle de Brabant. Seulement les fleuret-
tes, ainsi que les feuillages, les fruits et les
autres éléments décoratifs, y sont amplifiés au
point de devenir énormes et d'encombrer la com-
position, qui en prend un aspect compact et lourd.
Dans ces conditions, la dentelle est curieuse
plutôt que belle, mais elle est, sans contredit, du
plus baut intérêt au point de vue, tant de la
technique que de l'histoire des inspirations den-
tellières.
Nous saisissons cette occasion de remercier
M. l'abbé Remès, le savant et distingué curé de
Saint-Nicolas, ainsi que les membres du Conseil
de fabrique, d'avoir bien voulu nous confier les
voiles en question dans la louable pensée de
servir l'étude de nos dentelles nationales.
Quittons, un moment, les vitrines qui nous
occupent, pour parler de quelques pièces, expo-
— 48 —
sées au milieu de la galerie et que nous ne pou-
vons manquer de rattacher aux précédentes.
24- La grande dentelle, déposée dans la vitrine
plate, n° 24, est la faille de Notre-Dame de Misé-
ricorde, appartenant à la Confrérie érigée, sous
ce vocable, dans l'église de Notre-Dame de la
Chapelle, à Bruxelles. Elle est de la deuxième
moitié du XVIIIe siècle.
Le sujet principal, reproduit sur les deux ver-
sants de la faille, représente la Sainte-Famille. Le
décor qui l'environne, et qui s'étend d'ailleurs sur
la pièce entière, est formé de ramages Louis XIV,
à fond de brides picotées, traversés de jours où
dominent, tantôt le point d'esprit, tantôt la maille
à cinq trous et sillonnés des nervures caractéris-
tiques de la fabrication de Bruxelles.
Ce morceau, de dimensions considérables et
d'une très bonne facture, date de la première
moitié du XVIIIe siècle. Il constitue un document
important pour l'histoire de la dentelle bruxelloise
et nous devons remercier les membres de la
Confrérie de Notre-Dame de Miséricorde, qui con-
sentent à nous le confier, en dehors des moments
où les besoins du culte nécessitent sa présence
à l'église.
- 49 —
Ce sont encore des voiles de bénédiction que
nous retrouvons dans le meuble à panneaux, fai-
sant suite au précédent.
Le voile, à gauche, représentant le Baptême du
Christ, porte la date 1759. Il provient de l'église
du Béguinage, à Bruxelles, laquelle formait, tout
comme l'église de Sainte-Catherine, une dépen-
dance de la paroisse de Saint- Jean-Baptiste, à
Molenbeek. Il n'est donc pas étonnant que nous
retrouvions sur le présent voile la scène que le
voile de Sainte-Catherine nous avait déjà retracée.
La forme en cœur, ou plutôt en poire, qu'affecte
cet objet, n'est pas des plus heureuses et le carac-
tère déjeté de la guirlande, sur fond de brides,
qui encadre le sujet central, achève de lui donner
un air asymétrique et gauche. L'enfilade de larges
«jours » ovales, suspendus au pourtour de la scène
principale, comme les perles d'un collier, est d'un
dessin disgracieux et lourd. Il en est de même des
« jours » qui s'arrondissent en cercle autour du
Saint-Esprit. Mais, sous ces réserves, le voile
est des plus intéressants par sa date, ainsi que
par sa technique soignée, bien digne de l'époque
florissante à laquelle il appartient.
Contrairement à ce que nous avions rencontré
jusqu'à présent, la maille drochel fait le fond de
l'encadrement, tandis que les figures et la date
3
— 50 —
25. ont leur champ formé, soit de grandes mailles
hexagonales, simples ou picotées, soit de brides
picotées.
Contrastant avec son voisin, le voile, à droite,
est un modèle de légèreté et de bon goût. Il
représente l'Assomption de la Vierge. La figure
principale, portée sur des nuages, d'où sortent
des têtes d'anges, est un morceau de maîtrise,
au point de vue de l'exécution des toiles, contour-
nés de reliefs délicats, en même temps que des
« jours r> et des traînées de « points d'esprit »,
répandus sur la robe de la Mère de Dieu.
La maille drochel règne dans tout le fond.
L'intérieur des cartouches et des ramages, que
remplissait la simple maille à cinq trous, durant
la première moitié du XVIIIe siècle, est occupé
maintenant par des « jours » variés, d'une
extrême délicatesse.
Il convient d'accorder également une mention
à l'élégance, toute française, des bouquets et des
branchages, dont la discrétion frise, du reste, un
peu la maigreur. C'est le prélude de cette réac-
tion de simplicité, qui marqua, dans la dentelle,
comme dans la lingerie, l'époque de Marie-
Antoinette et donna la faveur aux larges champs
de réseau.
- 51 —
Les trois voiles, exposés de l'autre côté de ce
meuble, nous ramènent en plein esprit flamand.
Celui du centre est l'un de nos morceaux les
plus intéressants. Il provient de l'église de Sainte-
Catherine, à Bruxelles, où il dut appartenir à
quelque confrérie de Notre-Dame d' Affligera.
C'est, en effet, cette vierge miraculeuse qu'illustre
sa composition.
Saint Bernard, en visite à l'abbaye d'Affligem,
omit, un jour qu'il passait devant la statue de la
Vierge, placée dans le cloître, de saluer cette
dernière d'un Ave Maria, suivant la coutume de
la maison; la Vierge l'en reprit spirituellement, en
lui adressant elle-même la parole : « Je vous
salue, Bernard, » parole qui mit d'ailleurs le
comble à sa célébrité. Telle est la scène que
rappelle la partie centrale de notre voile.
L'ordonnance générale de la composition relève
absolument du style Louis XIV. D'autre part,
le fond de mailles, sur lequel elle se détache,
est pareil à celui du voile de Notre-Dame des
VII Douleurs, que nous dations, au plus tard,
du commencement du XVIIIe siècle. Le décor
environnant semble cependant moins ancien et
l'on y trouve déjà les formes en éventail, qui furent
en faveur vers le milieu de ce même siècle. Nous
serions donc disposé à placer aux environs de 1730
— m —
26. l'exécution de cette pièce remarquable, que nous
devons à la générosité de Monsieur et de Madame
Beernaert.
Les deux voiles, à droite et à gauche, pré-
sentent, dans le haut, cette forme coupée droite,
dont nous avons parlé et qui s'explique par leur
ancienne monture sur une barre de suspension.
Le premier date de l'époque de Louis XV. Il
représente, sur un fond, lozangé de points d'esprit,
l'Agneau mystique, au-dessus duquel des anges
soutiennent, d'une main, la couronne impériale,
tandis que, de l'autre, ils balancent un encensoir.
Dans le bas, l'inscription « Ecce Agnus Dei »,
accostée de deux oiseaux. Plus bas encore, le
monogramme de la Vierge. A gauche et à droite,
saint François et saint Antoine de Padoue. Le
reste de la composition montre des fleurs et des
oiseaux, sur un fond treillissé, qu'aveuglent de
gros pois, suspendus dans les interstices.
Les remplissages, au moyen de la maille à cinq
trous, se retrouvent ici, mais dominés par la pro-
fusion des points d'esprit, pour lesquels l'ouvrière
semble avoir éprouvé une vraie prédilection.
Le voile, à gauche, paraît être un peu plus
ancien, à en juger par le caractère nettement
— 53 —
Louis XIV de la composition, en même temps
que par les mailles servant de fond au médaillon
central, dans lequel se trouve représentée l'Im-
maculée Conception.
Cette pièce, dans laquelle abondent les toiles
nuancés et grillés, ainsi que les fleurettes très
aplaties, porte, par le fait même, les caracté-
ristiques de la dentelle de Brabant.
Le cadre suivant renferme une sorte de voile,
fait pour servir de devant de robe dans l'habil-
lement d'une statue : ce qui explique qu'il ait la
forme d'un trapèze, découpé à bords droits sur
trois de ses côtés.
Nous n'avons pas, croyons-nous, à insister sur
la beauté de ce morceau, dont le sujet principal,
d'une fort bonne composition, représente les Ver-
tus Théologales, dominées par l'œil de Dieu.
En ce qui concerne la facture, nous nous trou-
vons, de nouveau, en présence d'un réseau de mailles
drochel, servant de fond aux figures, tandis que
le reste de l'ornementation se détache sur un
fond de brides. Les toiles et les « jours « rivalisent
de finesse et de précision. Le grand chevron
fleuri, dans lequel s'encastre la scène principale,
est bordé d'une large bande, constituée par un
champ de barrettes, entre lesquelles zigzaguent
— M —
27. des brides picotées. C'est l'apparition d'un motif
favori de la dentelle bruxelloise, dont le principe
s'annonçait déjà dans le premier des voiles de
l'église de Saint-Nicolas.
Il y a, çà et là, quelques rehauts de point à
l'aiguille, autre pratique assez fréquente dans les
dentelles d'apparat, exécutées à Bruxelles.
Cette belle pièce est accompagnée de man-
chettes assorties, d'une exécution aussi parfaite
que le reste.
Un long usage l'a rendue si fragile qu'il n'était
plus possible de s'en servir, sans risquer d'y causer
des dégâts irréparables. C'est pourquoi la
Fabrique de l'église de Notre-Dame de la Cha-
pelle, à Bruxelles, à qui elle appartenait, a jugé
préférable d'en assurer la conservation dans les
collections de l'Etat.
La somme nécessaire à son acquisition nous a
été généreusement fournie par M. van der Strae-
ten Solvay, devenu de la sorte le donateur de ce
remarquable morceau.
Tous les objets que nous venons de passer en
revue, représentent de la dentelle aux fuseaux;
l'aiguille y est à peine intervenue, de temps en
temps, pour ajouter, par places, un accent plus
ferme et plus riche.
— 55 -
28 Les grandes pièces, entièrement travaillées à
l'aiguille, sont rares à Bruxelles, avant le XIXe
siècle. Nous en possédons cependant une dans
notre collection et nous pouvons ajouter qu'elle
suffit, à elle seule, pour témoigner du degré de per-
fection que ce genre de technique avait atteint chez
nous. C'est le manteau de Vierge, exposé dans le
cadre n° 28, adossé au précédent. Il provient de
l'abbaye d'Affligem , où il ornait, au XVIIIe
siècle, la Vierge célèbre, dont il fut question à
propos du voile représentant le miracle de saint
Bernard.
Le manteau rappelle, à son tour, le miracle en
question ; il porte, en effet, inscrits aux deux
extrémités du bord inférieur, les mots : « Ave
Maria « et « Salve Bernar... »
Nous savons qu'il fut exécuté « par Mlle Mascré,
de Bruxelles, assistée d'une demoiselle qui habi-
tait avec elle » et que cette personne l'offrit à
Notre-Dame d'Affligem, en 1747 (1).
La précision de cette date nous permet de faire
remonter au deuxième quart du XVIIIe siècle, le
motif en éventail, que nous avons déjà signalé et qui
se trouve reproduit ici tout le long de la bordure.
Remarquons aussi les semis de fleurettes,
(1) Nous devons ce renseignement à l'obligeance de D. Vincent
Coosemans, de l'abbaye d'Affligem, qui l'a puisé lui-même dans
un manuscrit conservé à l'abbaye de Termonde.
28. ainsi que les vols d'insectes et de papillons, dont
la présence va s'affirmer, de plus en plus, pendant
la deuxième moitié du siècle.
La pièce a, sans doute, des lourdeurs, dues prin-
cipalement à l'opacité de l'aiguille dans les larges
feuillages ; mais l'ensemble n'en est pas moins bien
composé et justement approprié à la destination
de l'objet, qui perd nécessairement à être ainsi
étalé, à plat, dans un cadre, au lieu de s'arrondir,
en plis moelleux, autour d'une statue.
Quant à la technique, elle commande les plus
grands éloges, tant pour la finesse et la régula-
rité du « plat », que pour l'extrême délicatesse
et la variété des « jours ».
La maille, qui fait le fond du réseau, entière-
ment à l'aiguille, diffère beaucoup du point de
gaze, généralement employé de nos jours. Néan-
moins les dentellières de Bruxelles le con-
naissent encore et lui donnent, nous ignorons
pourquoi, le nom de « point un ».
Ce manteau fait partie de la donation Monte-
fiore, dont il constitue l'une des pièces capitales.
Là se termine la série des voiles et des pièces
« à sujets ». Il nous faut revenir maintenant
aux dentelles plus courantes, que nous avons
quittées, on s'en souvient, à l'époque des dentelles
à brides, de la deuxième moitié du XVIIe siècle.
— <W —
29. C'est encore un volant de ce genre que nous
retrouvons dans le cadre n° 29, adossé au couvre-
pied d'Albert et Isabelle (rangée du milieu). Il
paraît un peu plus jeune que le volant analogue
de la vitrine n° 18 : le dessin en est plus clair, la
disposition des brides plus régulière, la facture
plus soignée.
L'autre volant, placé dans le même cadre, offre
de grandes analogies avec le précédent. Ce sont
les mêmes jeux de lacets contournés, encadrant de
leurs boucles des petits « jours », formés de mailles
à cinq trous et de « grillé », ou se dilatant, par
places, pour enclore de ces mêmes « jours »,
comme des îlots dans une rivière. Seulement,
le fond de brides a disparu ; la dentelle se dessine
entièrement sur un fond de réseau, formé d'une
maille ronde, qui n'est autre que la maille primi-
tive de Bruxelles, antérieure à la maille drochel
et conservée principalement dans la dentelle de
Brabant. Ce fond de réseau, ainsi que le dessin,
dont les éléments sont empruntés, en grande
partie, au genre « candeliere », nous font placer
ce volant dans le dernier quart du XVIIe siècle.
30. Nous retrouvons ces premières dentelles à fond
de réseau dans le bas de vitrine, n° 30 (à droite du
cadre précédent). Les spécimens, placés à gauche,
3.
- 58 —
30. nous offrent les mêmes mailles rondes que le voile
de Notre-Dame des VII Douleurs, exposé direc-
tement au-dessus. Ils rappellent, du reste, ce voile
à d'autres titres encore, notamment dans les
picots. Le sujet guerrier de l'un d'eux est caracté-
ristique de l'époque Louis XIV.
Les trois morceaux qui s'étalent au centre de
la vitrine et ceux à droite, datent du milieu et de
la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Ils sont d'un
excellent travail et constituent, peut-être, nos
meilleurs spécimens dans le genre « civil » . Deux
de ces jolies dentelles nous ont été offertes par
M. Raoul Warocqué.
31. Les pièces exposées, vis-à-vis, dans le bas de
vitrine n° 31, sont également d'une très bonne
facture.
Signalons spécialement les deux fragments de
nappes d'autel, datés respectivement de 1751 et de
1757, c'est-à-dire de l'époque de la plus belle
technique des dentelles à fond de reseau. Ces
morceaux, que leur date rend particulièrement
précieux, nous ont été donnés par M. le baron
vander Bruggen, ancien ministre de l'Agriculture.
On voit, à droite, un spécimen élégant, prêté
par Mme Paul Errera et dans lequel nous signa-
lerons spécialement de jolis « jours », à écailles
picotées.
— 59 —
31. Dans la même vitrine, à gauche, une dentelle
avec figures d'animaux, se détachant sur an
mélange de réseau et de brides, mérite aussi de
retenir l'attention.
Nous voyons encore des dentelles de Bruxelles,
à fond de réseau drochel, dans les deux cadres
nos 32 et 33, placés à la muraille, en regard des
vitrines dont nous venons de parler.
Le cadre n° 32 contient des dentelles à dessin
Louis XIV, notamment une pale, encadrée
d'une dentelle de Binche.
Dans le cadre n° 33, une autre pale, d'une
composition originale, en style Louis XV, enca-
drée d'un point de Paris, façon Malines.
Le morceau, portant en rouge le n° 18 et placé
immédiatement sous la pale, est d'une exécution
remarquable.
Les six cadres et vitrines qui vont suivre sont
consacrés à la dentelle, dite de Brabant. Rappe-
lons donc, en les complétant, les caractères de
celle-ci.
Au point de vue du dessin, la dentelle de Bra-
bant affectionne spécialement les grands motifs,
les larges écussons ou médaillons, entre lesquels
des bandes ajourées déroulent leurs rivières ou
- 60 —
plaquent leurs vigueurs. Il en résulte, d'habi-
tude, un contraste très marqué entre la masse
opaque des toiles, souvent juxtaposés et la masse
des parties claires, sur lesquelles ces toiles se
détachent.
Si l'on passe aux détails, on remarquera la pré-
sence, de toutes parts, de fleurettes larges et
plates, réunies parfois en cordons ou en touffes
et relevées de reliefs, aux fuseaux, qui en dessi-
nent le pourtour ou le cœur.
La technique de cette dentelle est caractéris-
tique, notamment dans les toiles, très nuancés,
allant du plat serré au toile tout à fait clair et
ajoutant encore à leur variété, par l'emploi, très
fréquent, du grillé, cette sorte de toile dessinant
des losanges, que vient recouper un troisième fil.
Une telle variété s'imposait, d'ailleurs, dans une
dentelle qui a coutume de juxtaposer les toiles sur
d'assez grands espaces, sans autre délimitation,
entre eux, que des lignes de points clairs, dessinant
les contours de leurs subdivisions.
Les fonds sont également des plus variés. Ils
comprennent des brides, toujours picotées, des
« jours » et du réseau.
Les «jours » se partagent entre le fond de neige,
la maille à cinq trous, la grande maille hexagonale
simple, plus rarement le point d'esprit, enfin, très
- 61 -
fréquemment, les barrettes parallèles, reliées
par des zigzags, hérissés de picots, l'un des
motifs favoris de la dentelle de Bruxelles.
Le réseau est formé quelquefois de mailles
drochel, mais, plus ordinairement, des mailles
rondes, que nous avons relevées, pour la première
fois, dans le voile de Notre-Dame des VII Dou-
leurs. Par leur alignement rigoureux, joint aux
vides minuscules, qui les séparent l'une de
l'autre, ces mailles peuvent, un instant, faire
l'effet d'être recoupées de lignes droites, comme
dans le point de Paris ; mais ce n'est là qu'une
illusion d'optique.
Les deux fragments de volants, exposés dans le
cadre n° 34, constituent des morceaux exception-
nels, au point de vue, tant de leur hauteur que de
la richesse du dessin. Ils sont d'une virtuo-
sité à laquelle la dentelle de Brabant atteignit
rarement. Nous les datons de la première moitié
du XVIIIe siècle.
Ces belles pièces nous ont été offertes, l'une par
M. Herman Stern, l'autre par M. Léon Grosjean.
Les volants du cadre n° 35 proviennent de
l'église de Sainte-Gertrude, à Louvain. Ils sont
d'une belle venue et, suivant l'expression consa-
— 6-2 —
35. crée, simples et de bon goût. La maille drochel y
intervient largement. Nous en plaçons l'exécution
vers 1750.
Ces trois volants présentent cette particularité
qu'ils s'harmonisent parfaitement entre eux : ils
constituent ce qui s'appelle une « garniture ».
36. Le volant, à fond de brides, de la vitrine n° 36,
de même que le fragment analogue, exposé dans le
cadre 39, s'écartent, au point de vue du dessin, de
la règle reconnue pour la dentelle de Brabant.
Nous ne retrouvons pas ici cette ampleur des
motifs, dont nous avons parlé: les fleurs sont
singulièrement isolées les unes des autres ; dispo-
sées sans réelle ordonnance, elles ne forment pas
même un dessin suivi. La dentelle de Brabant
n'avait donc pas encore pris son aspect défi-
nitif à l'époque où ces pièces furent exécutées, à
savoir, au commencement du XVIIIe siècle.
On y retrouve, pour le surplus, tous les carac-
tères du Brabant, les toiles variés, les mailles à
cinq trous, etc.
Le fragment de petit volant, dans la même
vitrine, est d'une rare délicatesse. Le caractère
profane de sa composition le ferait rentrer dans ce
qu'on nomme les dentelles « civiles » , beaucoup plus
rares à rencontrer que celles à l'usage du culte.
- 63 -
La grande maille ronde et le fond de brides se
partagent le champ du joli volant exposé dans la
partie verticale de cette vitrine. Les « jours », à
barrettes parallèles, y jettent un heureux accent.
Le volant peu élevé, placé au-dessus du précé-
dent, représente le type classique, le plus cou-
rant, de la dentelle de Brabant ; ce genre fut
employé beaucoup pour garnir les bas d'aubes.
Les deux spécimens de Brabant, exposés dans
la vitrine n° 38, représentent un type très pur
et bien caractéristique de ce genre de den-
telles. Us sont d'une extrême délicatesse et la
légèreté de leurs toiles va jusqu'à la ténuité. La
maille ronde, très courante dans le Brabant,
forme le fond des médaillons, entre lesquels
s'interposent agréablement les vigueurs d'un fond
de brides. (Collection Montefiore.)
Le cadre n° 39, placé à la muraille, renferme
aussi des spécimens de dentelle de Brabant. L'un
de ceux-ci, très peu haut, d'un dessin assez tour-
menté, et d'une texture très serrée, présente des
toiles remarquablement nuancés.
Le moment est venu de parler des barbes, en
dentelle de Bruxelles, aux fuseaux, exposées
dans les vitrines 40 et 41, au milieu de la salle.
- 64 —
Les brides de bonnet, qu'on appelle barbes,
ainsi que les fonds de bonnet, qui s'y trouvent
associés, entraient dans la composition d'un
genre de coiffures, très goûté au XVIIIe siècle.
Lorsque la mode de ces coiffures eut pris fin, on
démonta ces dernières. Les barbes furent, le plus
souvent, mises bout à bout, pour servir de cra-
vates. Les fonds de bonnet, désormais inutilisa-
bles, s'en allèrent dans les tiroirs et les petites
dentelles, qui les accompagnaient, se perdirent
dans des utilisations de divers genres.
L'art de la dentelle put s'exercer à plaisir dans
cet article si coquet, dont les pièces, de formes
diverses, lui fournissaient l'occasion d'harmoniser,
sur un petit espace, des compositions variées et
d'y répandre la virtuosité d'une technique raffinée.
Malines, Valenciennes et Binche, autant que
Bruxelles, produisirent, en ce genre, des quantités
de beaux ouvrages; mais ce fut Bruxelles qui
l'emporta pour la richesse et l'originalité des
compositions.
40, Le milieu du panneau A de la vitrine 40 est
occupé par une barbe, à fond de brides minus-
cules, constituées d'un simple fil, sans picots. Les
toiles, très fins et relevés de brodes, voisinent avec
des «jours » , dans lesquels domine le fond de neige.
— 65 —
La technique générale de la pièce n'est pas
encore vraiment celle du XVIIIe siècle. L'ordon-
nance de la composition tient, d'ailleurs, beau-
coup du Louis XIV. Aussi plaçons-nous l'exé-
cution de ce morceau tout au commencement du
XVIIIe siècle.
Les autres barbes, ainsi que le fond de bonnet,
exposés sur les panneaux A et B de la vitrine 40,
forment une série de pièces sortant absolument de
l'ordinaire. On n'y découvre pas le moindre fond
de réseau. Les toiles, variés, comme dans la den-
telle de Brabant, sont juxtaposés, sans autre
interposition que des traînées de points clairs, ou
de points d'esprit, du fond de neige, ou bien encore
de minuscules brides, barrant de rares éclair -
cies, qu'on prendrait, à première vue, pour des
déchirures, plutôt que pour des « jours « inten-
tionnels. La dentelle en retire un air d'opacité,
contrastant étrangement avec l'aspect aérien,
auquel nous sommes accoutumés. Aussi ces bar-
bes nous parurent-elles, tout d'abord, assez énig-
matiques. Mais les toiles annoncent le Brabant;
les côtes en relief sont la marque de Bruxelles,
dont nous retrouvons également ici les fleurettes
favorites ; enfin, il existe une évidente analogie de
facture, voire même de conception, entre ces
barbes et le voile n° 2 de l'église de Saint-
— 66 —
40. Nicolas, très bruxellois, celui-là, dont les gros
fruits et les fleurs démesurées s'étalent, de la
même façon, en toiles contigus, traversés seule-
ment de quelques éclaircies.
C'est pourquoi nous avons rattaché à la fabrique
de Bruxelles les barbes en question.
Une barbe du même genre existe dans la collec-
tion de M. Samuel Chick, à Londres et Alan
S. Cole, la plus grande autorité de l'Angleterre,
en rapporte la fabrication à la petite ville de Lyme.
Mais on sait qu'il était de tradition, en Angle-
terre, d'imiter les produits bruxellois. La barbe,
dont il s'agit, pourrait donc fort bien avoir été exé-
cutée à Lyme, sans que nos conclusions en soient
le moins du monde ébranlées.
Nous daterions toutes ces barbes du commen-
cement du XVIIIe siècle.
De la même époque doivent être, à notre avis,
les deux pièces, fort rares, qui occupent le haut
du panneau C. Elles sont à fond de mailles
rondes, rigoureusement alignées, du genre de
celles que nous avons signalées, dans le voile de
Notre-Dame des VII Douleurs, comme devant se
rapporter au commencement du XVIIIe siècle, ou
à la fin du siècle précédent. Le dessin à grandes
fleurs, d'une ordonnance un peu solennelle, con-
firmerait pleinement cette attribution.
- 67 —
L'une de ces barbes, encore munie de la petite
dentelle assortie qui longeait le fond, malheureu-
sement disparu, nous a été donnée par Mme Kefer
Mali.
Les autres barbes contenues dans cette vitrine,
de même que celles de la vitrine suivante, pré-
sentent des types variés, du XVIIIe siècle et com-
prennent des morceaux d'une grande finesse. La
plupart appartiennent à l'époque Louis XV.
On remarquera, sur le panneau D de la vitrine 41 ,
la garniture Louis XV, avec jours à barrettes
parallèles, d'un fort beau travail, offerte au Musée
par le comte et la comtesse Ferdinand de Marnix
de Sainte- Aldegonde.
Les barbes du panneau G sont plus récentes.
Elles marquent l'établissement définitif de l'appli-
cation sur vrai réseau drochel, genre dont nous
allons également constater l'avènement dans les
pièces plus grandes, auxquelles nous revenons
maintenant.
L'époque Louis XVI, nous avons eu déjà
l'occasion de le dire, vit se produire dans la lin-
gerie, comme dans d'autres articles de toilette,
un esprit de simplicité, venu trop tard malheu-
reusement pour apaiser l'opinion, montée par les
68
extravagances de l'époque Louis XV. C'est le
règne de l'uni, le temps des fins linons, semés,
par places, de fleurettes ou de sveltes bouquets.
La dentelle suivit ce mouvement. On vit le fond
de réseau grandir entre les fleurs, s'étaler de plus
en plus, aux dépens du décor, devenu plus mince
et plus rare et préparer ainsi, presque fatalement,
l'invention du tulle mécanique, appelé à le
détrôner.
A Bruxelles, ce fut la maille hexagonale, dite
drochel, qu'on employa constamment en guise de
réseau.
Celui-ci s'exécutait de deux façons : autour des
fleurs, en prenant ces dernières pour point
d'attache, ou bien en pièce continue, à l'instar
d'une pièce de tulle.
Le travail le plus apprécié était évidemment
celui qui s'exécutait directement autour des fleurs,
se pliant à leurs contours et faisant corps avec
elles. Cette technique se reconnaît aisément aux
fils de réseau qui passent sous les fleurs, de l'un
à l'autre bord, et qu'on aperçoit fort bien quand
on retourne la dentelle.
L'autre système consistait à exécuter du réseau
à la pièce et à l'utiliser, par voie d'application,
comme on le fit, plus tard, pour le tulle.
L'ouvrière commençait, dans ce cas, par tra-
— 69 —
vailler le drochel en bandes étroites, ne dépassant
guère 3 centimètres en largeur, et longues à
volonté. Ces bandes étaient ensuite réunies entre
elles au moyen d'un point à l'aiguille, dit «point de
raccroc* et l'on en formait des pièces, dontlalargeur
variait selon l'usage qu'on en voulait faire. Le fait
est, du reste, confirmé par cette circonstance que,
dans les champs de réseau d'une certaine étendue,
on distingue parfaitement des stries longitudinales,
distantes l'une de l'autre de 2 à 3 centimètres, et
représentant la trace laissée par le point de
raccroc.
Nous possédons, pour l'époque Louis XVI, un
beau volant d'application sur vrai réseau, qu'a
bien voulu nous confier Mme Paul Errera, bien-
faitrice inlassable de nos musées, à qui la circon-
stance de ces prêts de dentelles nous fournit
l'occasion de dire notre reconnaissance.
Ce volant, d'un dessin élégant, que nous ne
nous occuperons pas de décrire autrement, dénonce
fort bien la tendance, déjà rappelée, de l'ornement
à se faire discret au profit du réseau, devenu de
plus en plus envahissant. Ce dernier porte nette-
ment les stries caractéristiques dont nous avons
parlé.
Le même cadre renferme une série de manches,
70 —
42. également à fond de réseau, marquant, les
unes, l'époque Louis XVI, les autres la fin du
Louis XV.
43. La vitrine n° 43 renferme une bonne série
d'applications sur vrai réseau, appartenant au
premier quart du XIXe siècle. Ce sont, dans la
partie verticale de la vitrine, à gauche, un voile
entièrement travaillé aux fuseaux; à l'extrême
droite, un voile dont les pièces appliquées sont
faites à l'aiguille; et enfin, au milieu, un voile
de baptême, d'un dessin très élégant, associant les
deux techniques, aiguille et fuseaux.
44. Dans la partie inférieure de la vitrine, on voit,
au centre, un voile du même genre que les précé-
dents et d'une exécution remarquable, au point
de vue, tant du réseau drochel, merveilleusement
souple et fin, que des fleurs aux fuseaux qui s'y
trouvent appliquées. Ce morceau de premier
ordre nous a été prêté par Mme Ànnemans, née
van Volxem.
A gauche, un coupon de dentelle, assorti au
voile précédent et d'une facture tout aussi belle.
Tout à côté, un beau coupon d'application aux
fuseaux, pouvant dater de 1850 et néanmoins
exécuté encore sur vrai réseau, d'une extrême
— 1] -
44. finesse et d'une grande régularité. C'est un don de
M. Arthur Warocqué.
Au dessus de ces coupons, deux jolies voilettes,
en application, aux fuseaux, sur vrai réseau,
données, l'une par Mme Oswald, l'autre par
Mme Charles Grognier,
Dans la même vitrine, à droite, des spéci-
mens délicats d'application à l'aiguille et aux
fuseaux, toujours sur vrai réseau. Ces morceaux
sont plus anciens que les précédents; ils remontent,
en partie, à l'époque Louis XVI.
\Us. Il en est de même des morceaux exposés dans
le cadre nQ 44fo's (à la muraille).
et 46. Les cadres n° 45 et 46, placés à la suite du
cadre précédent, montrent des spécimens d'appli-
cation à l'aiguille sur tulle mécanique.
47. Ce dernier genre se poursuit dans la vitrine
n° 47, où se trouve exposé un beau volant d'appli-
cation, mélange d'aiguille et de fuseaux. C'est
encore à M. Arthur Warocqué que nous devons
cet important morceau.
3. Nous n'avons eu, jusqu'à présent, l'occasion
de parler du point à l'aiguille, de Bruxelles, que
— 72 —
48. d'une façon presque accessoire. Sa présence a été
signalée dans certains voiles, où sa discrète
intervention se bornait à introduire, çà et là, quel-
ques touches plus fermes et plus précises. Nous
l'avons également rencontré dans le genre « appli-
cation », décorant le vrai réseau et le tulle, soit
seul, soit associé à la dentelle aux fuseaux. Mais,
dans un cas seulement, nous avons pu lui rappor-
ter la production exclusive d'une œuvre impor-
tante, à savoir le manteau de N. D. d'Afûigem.
Il ne faudrait pas en conclure nécessairement
que les pièces en point à l'aiguille fussent si
exceptionnelles que cela dans notre pays. La
dentelle aux fuseaux y primait, sans doute, tout
le reste; mais on a dû y faire de l'aiguille, en
quantité suffisante, pensons-nous, pour que nous
ayons à nous préoccuper de combler la lacune que
semble présenter, à cet égard, notre collection.
On a pris souvent pour du point à l'aiguille, de
Bruxelles, des produits d'Alençon et d'Argentan.
Nous avons cru devoir restituer à ces dernières
fabriques divers morceaux qui se trouvaient clas-
sés autrefois parmi les dentelles de Bruxelles.
On rapporte, au surplus, que les fabricants
d'Alençon envoyaient parfois leurs fleurs à Bru-
— 73 -
xelles, pour y être montées ou appliquées sur vrai
réseau : circonstance peu favorable, il faut en
convenir, à l'hypothèse d'une fabrication courante
du point à l'aiguille, à Bruxelles. Nous possédons
deux spécimens de ce mélange d'aiguille et de
fuseaux, qui sembleraient devoir donner crédit à
pareille tradition. Ils se trouvent exposés dans la
vitrine n° 48, réservée au point à l'aiguille du
XVIIIe siècle.
Nous sommes, dès à présent, mieux partagés,
en ce qui concerne les dentelles modernes, où, à
la différence de ce que nous avons vu jusqu'ici, le
point à l'aiguille tient la première place parmi les
objets exposés.
Le cadre n° 49 renferme d'intéressants spé-
cimens de point à l'aiguille, exécutés à Bruxelles,
au cours des quarante dernières années. Ils ont
été offerts au Musée par Melle Minne Dansaert,
Mme Paul Errera et M. Raymond Siméons.
Les éventails et les pièces détachées, pour
éventails, exposés dans le cadre 50, sont encore
du point à l'aiguille. Ils proviennent delà maison
Minne Dansaert, à Haeltert. L'un d'eux, exécuté
pour l'Exposition de Liège, en 1905, est formé
— 74 —
50. de sujets représentatifs des neuf provinces belges
et du Congo. 11 est d'une belle technique.
L'éventail plus petit, d'une jolie composition
et d'un travail au moins aussi bon que le précé-
dent, est un don de Mlle Minne.
51. Le cadre suivant réunit des dentelles à l'ai-
guille, exécutées en Belgique, mais s'écartant
des types habituels de Bruxelles :
a) Point de Venise, de la fabrication de
Mlle Minne Dansaert et donné par celle-ci au
Musée. Le losange, en point à la rose, d'une
technique remarquable, a été exécuté spécia-
lement à notre intention ;
b) Animal fantastique, d'un beau travail, don
de M. Berghaus ;
c) Panneau décoratif, à figures et sujets anciens,
acquis de la maison Lava, à Bruxelles.
52 La série qui précède est très heureusement
couronnée par un ensemble de dentelles, de la
fabrication de feu Léon Sacré, de Bruxelles, en
souvenir de qui, sa sœur, Mme Eugène Marlier
et les enfants de celle-ci, les ont généreusement
offertes au Musée.
C'est, d'abord, une écharpe, en application
sur tulle, aiguille et fuseaux, d'un agréable
dessin, et d'une exécution remarquable.
— 75 —
52. L'éventail, en point à l'aiguille, qui l'accom-
pagne, à droite, ne lui cède en rien sous ce double
rapport.
Nous n'hésitons pas à déclarer, d'accord avec
des spécialistes très autorisés, qu'on ne pourrait
rencontrer, dans les deux genres qui viennent
d'être dits, des spécimens mieux compris, ni d'une
technique plus parfaite.
Quelques morceaux de moindre importance,
mais d'une grande finesse également, complètent
cette belle démonstration du savoir-faire bruxel-
lois.
Le portrait de Shakespeare, en point à l'aiguille,
est étonnant de précision.
Le point de Venise, dit point d'ivoire, exécuté
dans les ateliers de Bruxelles, en 1882, ne laisse
rien à désirer, non plus, au point de vue de la
technique.
On doit en dire autant du point à l'aiguille,
montrant des palmes et des guirlandes, se dérou-
lant sur un fond de point « gaze » et datant éga-
lement de 1882.
Le fragment de robe, en point à l'aiguille, dans
le petit cadre, à gauche, est d'un travail moins
raffiné, sans doute, que les pièces plus petites
dont il vient d'être question ; mais le caractère
même de l'objet réclamait une exécution plus
— 76 —
52. robuste, visant, avant tout, à donner une impres-
sion décorative.
Enfin, dans le grand cadre, à droite, le coupon
de dentelle, entièrement aux fuseaux, remontant
à 1879, nous montre que Léon Sacré, au lieu de
se cantonner dans le travail à l'aiguille, cherchait
à faire également « très beau » dans le domaine
des fuseaux, et qu'il y réussissait.
Le superbe don que nous a fait sa famille est
un magnifique hommage rendu à la mémoire de
ce dentellier, sincèrement épris et respectueux
de son art, qu'il éleva, peut-on dire, au plus haut
degré de perfection que la dentelle de Bruxelles
ait atteint dans ces dernières années.
Flandre.
53 à 55. Ainsi que nous l'avons dit en commençant, les
premières dentelles, fabriquées dans les différents
centres des Pays-Bas, étaient confondues, à
l'étranger, sous la dénomination générale de den-
telles de Flandres. Les spécimens que nous expo-
sons, sous ce nom, dans les cadres 53 et suivants,
pourraient donc être revendiqués par d'autres
centres encore que la Flandre proprement dite.
Ils comprennent surtout des picots, des dents
77
et des « becs » (autrefois, on disait «* bicques »),
dont on bordait les objets de lingerie. Parmi ces
derniers, les célèbres fraises de la dernière
moitié du XVIe siècle et du premier quart du
XVIIe, furent garnies principalement de point à
l'aiguille; mais les dentelles aux fuseaux inter-
vinrent largement dans les grands cols retom-
bants de l'époque Louis XIII.
Vers le milieu du XVIIe siècle, les « becs »
s'accusent de moins en moins et, finalement, ne
se traduisent plus que par une sorte d'ondulation
du bord inférieur de la dentelle.
Le cadre n° 56 nous montre, au-dessus d'une
dentelle de ce genre, d'une technique assez rude,
mais d'un joli dessin, deux spécimens d'une sorte
de torchon, dans lesquels nous ne pouvons guère
voir autre chose que des dentelles paysannes.
Les morceaux qui les surmontent sont des
dentelles à brides, de la deuxième moitié du
XVIIe siècle.
Les cadres 57 et 58, nous montrent également
des dentelles à brides, exécutées, pensons-nous,
dans la Flandre proprement dite. Nous y voyons
se dérouler, tantôt de grands feuillages et des
78 —
57 et 58. ramages, dans le style du XVIIe siècle, tantôt des
entrelacs fleuronnés, du type commun à la Flandre
et à l'Italie. Ce genre de dentelles fut utilisé princi-
palement pour les garnitures d'aubes.
59. Des bas d'aube, à fond de brides, occupent
également le cadre n° 59 adossé à la vitrine voi-
sine.
Ceux du bas, conçus dans le style « candeliere » ,
du temps de Louis XIV, se rapprochent sensible-
ment des spécimens que nous avons rencontrés
à Bruxelles, vers la fin du XVIIe siècle. Mais ils
sont moins fins et moins soignés ; leurs brides
picotées, de même que leurs mailles à cinq trous,
laissent beaucoup à désirer ; enfin, ils ne montrent
plus les brodes caractéristiques de la dentelle du
Brabant.
Le volant supérieur, plus élégant, reproduit
les ramages italiens, « a fiorami », qui demeu-
rent, en somme, ce que la Flandre a produit
de plus marquant, en fait de dentelles à fond
de brides.
60. La vitrine n° 60 contient les spécimens de
Flandre, à fond de réseau.
On confond souvent ces dentelles de Flandre
avec celles de Milan, qui leur ressemblent, du
— 79 -
reste, à première vue. Mais les dentelles de Milan
se distinguent par ce fait, qu'en dehors de cas
exceptionnels, tels que la représentation de figures
ou de grands ornements, leurs toiles affectent
presque toujours l'allure d'un lacet, de largeur
uniforme, se repliant sur lui-même, ou contour-
nant les espaces occupés par les « jours. «
Les toiles de Flandre, au contraire, s'étalent et
se profilent, « en pleine pâte », peut-on dire,
suivant les besoins du dessin. Alors même qu'ils
prennent le caractère vermiculaire des dentelles
du Midi, ils ne le font qu'en se dilatant et se rétré-
cissant sans cesse, de façon à perdre complète-
ment l'air de lacet qu'ils revêtent à Milan.
La texture des toiles n'est pas, non plus,
pareille, ce qui tient, en partie, à la qualité du
fil, moins fin dans le Midi et rendant, dès lors,
les toiles de Milan, non pas plus serrés, peut-
être, mais plus compacts que ceux du Nord.
Nous signalerons d'abord, dans la vitrine n° 60,
une sorte de mante, d'arrangement assez récent,
formée de dentelles de Flandre, marquant, à
notre avis, la transition entre la bride et le
réseau. Cette pièce, que nous devons à l'aimable
générosité de Mme Goldschmidt-Przibram, est
entièrement bordée d'une dentelle de Flandre,
— 80 —
60. du temps de Louis XIII, fort bien conservée et
d'un type très intéressant.
Ce sont ensuite, vers la droite, des ramages à
fleurons, poursuivant les traditions de dessin des
dentelles à brides, tout en laissant entre les
fleurs les espaces plus grands que comportait le
fond de réseau.
Au milieu de la vitrine, sous la mante, une
jolie dentelle religieuse, portant l'image et le
monogramme de la Vierge.
A gauche, en haut, une autre dentelle, ayant
servi d'encadrement à quelque voile, où ce même
monogramme se trouve associé à celui du Christ.
61. Les dentelles de Flandre à fond de réseau se
poursuivent dans le bas de la vitrine. Les toiles y
atteignent un haut degré de délicatesse. Nous
signalerons spécialement, à cet égard, les trois
petits morceaux, placés à droite et que nous
a donnés M. Georges Moens.
62. Les dentelles contenues dans le cadre n° 62
(à la muraille), nous paraissent appartenir aux
premières dentelles au fond du réseau. On peut,
sans doute, les rattacher à la Flandre, où elles
viendraient se ranger dans le genre, dit « Trolle-
kant r>. Mais on y retrouve des traits qui dési-
- 81 —
gneraient d'autres centres encore. La technique
de Valenciennes, par exemple, s'y montre nette-
ment, sous une forme grossière, il est vrai, mais
avec tous ses caractères. Cette technique procé-
dait de la Flandre, on le sait. Ce furent, peut-être
là, ses premières productions à fond de réseau, ou
bien encore, simplement, les modèles qui lui four-
nirent son point de départ.
Malines
Dès qu'on se mit à faire de la dentelle en Bel-
gique, Malines prit certainement part à sa produc-
tion. L'on y fabriqua donc, sans nul doute, des
guipures et des dentelles à brides, avant l'intro-
duction des fonds de réseau. Cette ville pourrait,
dès lors, comme d'autres encore, revendiquer,
pour partie, cet ensemble de guipures primitives
et de picots, que nous avons classés sous le nom
de Flandres, qu'on leur donnait alors.
Mais la grande renommée des dentelles de
Malines ne date que du XVIIIe siècle, époque à
laquelle elles acquirent une vogue extraordinaire.
Les fleurs de la Malines, d'un toile générale-
ment peu serré, accusent leurs contours par un fil
plus gros, qui les borde, à la différence des Valen-
4.
— 82 —
ciennes et des Binche, où la limitation des toiles
n'est pas soulignée de la sorte.
Le réseau varie. Quand il se travaille avec des
épingles (spellewerk), il rappelle le point de
Paris. Mais on l'exécute aussi sans épingles
(eisgrond), par un tour de main, dont Malines
avait le secret et dont l'accent, nécessairement
plus personnel, fit, en partie, le charme de la
« reine des dentelles », ainsi que la Malines fut
appelée souvent.
« Après avoir suivi, dit M. Lefébure, les
mêmes tâtonnements que la Valenciennes pour le
choix d'un fond qui lui soit bien approprié, après
avoir employé souvent aussi le fond de neige, la
Malines a adopté une petite treille ronde, très légère
et très fine, qui est certainement la plus jolie de
toutes les mailles aux fuseaux... Très à la mode
sous Louis XV, elle a beaucoup exploité les
dessins rocailles... Sous Louis XVI, elle exécuta
avec succès les guirlandes et les enlacements
ajourés et quand on en vint aux petits semis, la
Malines allia merveilleusement ces dessins très
légers avec la transparence et la régularité de
ses jolies petites mailles. Il n'est pas une dentelle
qui assortisse mieux avec la gaze et la mousse-
line. Elle est délicieuse en barbes et en coif-
fures et nos grand'mères savaient fort apprécier
- 85 —
comme elle se chiffonne agréablement parmi les
cheveux blancs. »
Nous tenions à reproduire ce jugement d'un
écrivain français, fort distingué, qui a fait de la
dentelle l'objectif de sa vie et dont le goût par-
fait, en pareille matière, est bien connu de tout le
monde. Ses paroles nous arrivent comme un écho
de la façon dont la France adopta la Malines au
XVIIIe siècle et de la faveur extrême que cette
dentelle y rencontra durant toute cette période.
Les vitrines 63 et 64 contiennent une collection
de barbes de Malines, dont plusieurs d'un très
beau dessin et d'une facture excellente.
63. Ce sont d'abord, dans la vitrine n° 63, celles dont
le fond est formé de la vraie maille de Malines
(eisgrond). Cette maille se travaillait d'une façon
plus ou moins serrée, suivant le caractère qu'on
voulait obtenir, ou même simplement suivant les
habitudes de l'ouvrière. On remarquera, sous ce
rapport, des écarts importants entre certains de
nos morceaux, dont les uns montrent des mailles
largement ouvertes, tandis que d'autres ont les
mailles serrées au point de donner presque l'im-
pression d'un tissu.
Les barbes de cette vitrine (faces A, C, D), appar-
- 84 —
63- tiennent, pour la plupart, à l'époque Louis XV.
Un peu plus ancien, si l'on en juge par le
dessin, serait l'intéressant morceau qui occupe la
face B de cette même vitrine.
La pièce en question nous offre le jeu complet
des dentelles qui entraient dans la composition
des « coiffures »-, qui furent très à la mode
au XVIIIe siècle et pendant une partie du
XIXe.
Ces dentelles se présentent ici comme formant, à
elles seules, la coiffure entière ; et la façon précise
dont elles s'emboîtent, ferait croire qu'elles ser-
virent vraiment, de cette manière, simplement
posées sur la tête, comme une sorte de fanchon.
Mais il est certain que les dentelles de cette
catégorie se sont prêtées à d'autres arrangements
encore. Les restes de linon ou de réseaux divers,
qu'on y trouve parfois attachés, prouvent bien
qu'on les combinait aussi avec de la lingerie, ce
que confirmerait, en outre, la présence habituelle
d'une engrêlure au pourtour du « fond ». Ce
dernier a donc pu constituer, dans certains cas,
un vrai « fond de bonnet » et ce serait à bon
droit, dès lors, que la dénomination lui en serait
restée.
— 85 —
64. Dans la vitrine suivante, se placent les barbes
« façon Malines », c'est-à-dire ayant des fleurs
contournées du gros fil plat, comme dans la
Malines, mais dont le fond, au lieu d'être formé
des petites mailles malinoises, est constitué par
une maille tout autre, ou par un point de fantaisie.
Le fond de neige, dont la dentelle de Binche
s'est approprié si complètement le type, a été
utilisé fréquemment à Malines ; seulement, les
points de neige, au lieu d'être jetés pêle-mêle,
comme à Binche, sont, dans la Malines, disposés,
d'ordinaire, avec une régularité qui leur donne la
valeur d'un « jour », plutôt que d'un simple fond.
Les barbes, qui s'étalent sur la face A de la
vitrine 64, sont de riches spécimens de ce genre.
La cravate, formée de deux demi-barbes, por-
tant le n° 228 rouge, a pour fond une sorte de
treillissage, que les dentelliers modernes ont
baptisé du nom « d'armure ». Ce fond est d'une
grande transparence et d'une rare légèreté.
Les deux demi-barbes de la face B rentrent
plus complètement dans la formule binchoise. Il
eût même fallu les classer parmi les Binche,
n'était le fil de contour des toiles qui les rattache
à la Malines. C'est de la Malines, « façon
Binche ».
Le fond de bonnet, exposé au-dessus, est formé
— 86 —
64. de deux pièces, juxtaposées en contre partie.
L'effet est, sans doute, plus fâcheux que si le mor-
ceau avait été travaillé d'une pièce. Mais cette
défectuosité était compensée par une facilité d'exé-
cution beaucoup plus grande et, partant, par un
prix de revient très réduit.
Les faces C et D de la vitrine réunissent un
certain nombre de pièces « en forme », ou de
composition spéciale. Citons notamment, pour la
face C :
Une garniture de tabernacle (n° 55 rouge), à
fond « armure », portant la date de 1751 ;
Une autre garniture de tabernacle, datée
de 1739, avec l'inscription : Sum panis vitœ. Les
jolies fleurettes de Malines y sont malheureuse-
ment entremêlées de figures d'anges, tout à fait
grotesques ;
Une paire de manches, avec petite dentelle as-
sortie, façon Malines, mais sur fond de mailles à
cinq trous, de l'époque Louis XV;
Un col Louis XV, se distinguant par ses jolis
« jours » et par l'épaisseur de son fil de contour.
Sur la face D : des garnitures, dont nous
n'apercevons pas bien l'usage, encore montées sur
leur ancien tissu et montrant le jeu de tirettes
par lequel on les ajustait.
- 87 —
La vitrine 65-66, également consacrée à la
Malînes, contient les spécimens de dentelles cou-
rantes : dans le bas, celles du XVIIIe siècle;
dans la partie verticale, celles du XIXe.
La technique est, sans doute, restée bonne
dans ces dernières ; mais on demeure frappé de
voir combien la composition en est courte, mono-
tone et pauvre, en comparaison des jolis dessins,
variés et coulants, qu'avait produits le siècle pré-
cédent. Deux spécimens seulement pourraient être
cités comme faisant exception; ce sont, dans la
rangée de gauche, le n° 61, don de Mme Gossey et
le n° 101, prêté par Mme Annemans. Mais, pour le
surplus, la pauvreté d'invention, que nous signa-
lons, se remarque jusque dans les pièces visant à
une certaine richesse, telles, par exemple, que le
voile disposé au centre de la vitrine. Ici encore,
c'est l'éternelle fleurette qu'on aperçoit partout.
Sous prétexte de se faire plus cossus, les bouquets
se sont simplement alourdis et s'imaginant
accroître leur importance, ils ont naïvement étage
leur motif unique sur deux files, que ne relie entre
elles aucune attache.
88
Anvers.
67 et 68. Les dentelles de la vitrine nos 67-68 tiennent
encore des Malines; mais elles s'écartent, à
certains égards, du type pur de ces dernières.
L'industrie à laquelle elles correspondent est celle
delaprovince d'Anvers, prise dans son ensemble.
On y voit des spécimens du célèbre Pottekant,
dentelle pour bonnets, où dominent les gros
vases de fleurs qui lui ont donné son nom.
Puis c'est le Trollekant, à la dénomination mal
élucidée jusqu'à présent, et dans lequel les points
et les fonds les plus hétérogènes sont souvent
associés d'une façon bizarre.
Nous avons déjà dit, du reste, que le Trolle-
kant est une dentelle des Flandres, aussi bien
que de la province d'Anvers.
Ce sont ensuite des dentelles « façon Malines » ,
exécutées sur fond de mailles à cinq trous,
armure, point de Paris, maille flamande, etc.
Nous y avons joint quelques spécimens de la
dentelle dite « de Hollande » .
Les fleurs n'y sont pas accompagnées du tra-
ditionnel fil de contour et le fond en est formé,
soit de maille flamande, soit d'une sorte de fond
de neige. Ce genre n'a donc rien à voir avec la
— 89 -
Malines et il se rattacherait plutôt aux Valen-
ciennes ; niais il s'est fabriqué, spécialement pour
la Hollande, dans le nord de la province d'An-
vers, à laquelle la présente vitrine est consa-
crée. Nous ne pouvions donc lui donner d'autre
place.
On remarquera, dans la partie verticale de la
vitrine, une nappe de communion, façon Malines,
à fond de fantaisie, déroulant une frise élégante,
plaquée de médaillons, représentant des scènes de
la Bible : Eliézer, la Manne, le Sacrifice d'Abra-
ham, etc. Nous la datons de l'époque Louis XVI.
(Collection Monte flore.)
Au-dessus de ce morceau s'étale un bas d'aube,
dont l'intérêt réside surtout dans les dimensions
des fleurs et du réseau dont il est formé. Ayant
à dessiner un volant un peu plus haut que à? cou-
tume, l'artiste n'a rien trouvé de mieux que d'agran-
dir une petite dentelle qu'il avait sous la main
et de l'exécuter, sans autre changement, à cette
échelle démesurée. La pauvreté du motif n'en éclate
que davantage, sans que la netteté de l'exécution
parvienne à la racheter.
— 90 -
Valenciennes et Binche.
Le genre Valenciennes comprend les Valen-
ciennes proprement dites et les dentelles de
Binche. Le trait caractéristique, commun à ces
deux espèces de dentelles, réside dans le toile,
d'un aspect très plat et qui touche directe-
ment le fond, sans interposition d'aucun fil de
contour.
Valenciennes.
Il se fit certainement des dentelles, à Valen-
ciennes, dès la première moitié du XVIIe siècle.
C'étaient des dentelles à fond de brides, puisque
le fond de réseau n'apparut que plus tard. Nous
ne possédons point de spécimens de cette époque.
Au milieu du XVIIe siècle, l'industrie dentel-
lière, qui s'était répandue déjà aux environs de la
ville, se déplaça davantage vers nos provinces,
principalement du côté de la Flandre occidentale,
où la ville d'Ypres rivalisa bientôt d'importance
avec Valenciennes même. Les productions de ces
deux centres se confondent au XVIIIe siècle, du
moins au point de vue de la technique.
La Révolution française porta un coup fatal à
Valenciennes, où la dentelle sombra complè-
— 91 —
tement, pour reprendre légèrement au siècle
suivant, et disparaître enfin d'une façon définitive.
L'industrie résista mieux dans notre Flandre,
devenue l'unique refuge de la dentelle de Valen-
ciennes ; l'on peut même dire, qu'en principe,
toute la Valenciennes du XIXe siècle vient de là.
C'est, du reste, en Belgique que l'on a trouvé,
pour le réseau, la maille carrée, inaugurée au
siècle dernier. Avant cela, l'on n'employait que la
maille ronde, laquelle n'était autre chose que
l'ancienne maille flamande.
Si nous ajoutons, enfin, que la ville de Valen-
ciennes faisait, au temps de sa première prospé-
rité, partie intégrante des Pays-Bas, nous en
aurons dit assez, pensons-nous, pour nous justifier
d'avoir rangé la Valenciennes parmi les dentelles
propres à la Belgique.
La Valenciennes est essentiellement une den-
telle de lingerie ; elle est d'un aspect plus « linge »
qu'aucune de ses sœurs. Ce qu'elle vise n'est
point la richesse ; elle ne recherche pas le grand
effet ; mais il se dégage de ses blancheurs, souples
et fondues, une impression de netteté et de
fraîcheur, qui fut la source première de son
succès.
Nos spécimens comprennent des volants cou-
rants, des barbes et des pièces en forme.
— 92 —
Les volants ne sont jamais bien hauts ; leurs
dessins, assez riches parfois, mais simples d'ordi-
naire, sont presque toujours d'une élégance, que
relève une technique soignée.
69. Le cadre n° 69 en renferme de jolis spécimens,
datant du XVIIIe siècle et de la première moitié
du XIXe.
Dans le bas du cadre, une série assez étendue
de barbes et de demi-barbes présente des exem-
ples variés de ce que le XVIIIe siècle a produit
en ce genre.
Les pièces en forme, ou à dessins spéciaux,
furent toujours, on le comprend, particulièrement
soignées. Nous devons la plus jolie de celles que
nous présentons ici, à l'obligeance de M. Robyn-
Stocquart, qui nous l'a confiée pour quelque
temps. Suivant une tradition de famille, cette
dentelle, qui occupe le milieu du cadre n° 69,
provient de Marie-Antoinette, pour qui elle aurait
été faite, à l'occasion de la naissance du Dauphin.
Les lys de France, joints aux flambeaux d'hy-
ménée et aux dauphins qui décorent si joliment
ce précieux morceau, confirment à souhait cette
illustre provenance.
A remarquer également, au-dessus de la den-
telle précédente, les oiseaux becquetant des
— 93 —
grappes de raisins et, dans le bas du cadre, cinq
curieux boutons maçonniques.
(Collection Montefiore . )
Binche.
La dentelle de Binche se rattache à la famille
des Valenciennes, par ses toiles, d'abord, que ne
borde aucun fil de contour, puis encore par la
maille qu'elle met en œuvre, quand il lui arrive
de montrer du réseau, maille qui n'est autre que
celle de Valenciennes.
Elle se distingue des Valenciennes proprement
dites par la texture spéciale de ses toiles, à la
fois plus ténus et plus nuancés, donnant une
impression de transparence, qui contraste absolu-
ment avec la netteté uniforme des toiles, plus
serrés, de la Valenciennes.
La dentelle de Binche fait, en outre, grand
usage des points clairs pour diviser ses toiles,
souvent juxtaposés et pour leur donner, en même
temps, plus de légèreté.
Cette dentelle se caractérise, enfin, par une
prédilection des plus marquées pour ce qu'on
nomme le fond de neige. Elle ne se borna pas,
comme à Malines et à Bruxelles, à en former des
70.
— 94 -
«jours » réguliers; chez elle, les mouchetures étoi-
lées pénétrent partout, diversifiant leurs aspects,
se juxtaposant, sans souci de la symétrie et finissant
par substituer entièrement leur pêle-mêle, sédui-
sant du reste, au fond de réseau des dentelles
plus compassées.
Les spécimens, réunis dans la vitrine verticale
n° 70, comprennent, à gauche, des morceaux dans
lesquels nous sommes tenté de voir de la den-
telle de Binche, à fond de brides.
Les petits coupons, placés au milieu et à droite,
marquent l'évolution vers le fond de neige pur.
La longue pièce, de faible hauteur, placée
dessous, rentre, de nouveau, dans le type mélangé
de brides. Son dessin nettement Louis XIV nous
la ferait rapporter à la fin du XVIIe siècle. Cet
objet servit probablement de bas de rochet.
Les dentelles de Binche n'étaient pas hautes,
en général. Le volant, à trois étages, cousus
ensemble, qui s'étend sous la pièce précédente,
montre la façon dont on se tirait parfois d'affaire
lorsqu'on voulait obtenir une pièce de Binche
ayant plus de hauteur. La candeur du procédé
fait, un peu, son excuse; mais l'effet de l'ensemble
n'en demeure pas moins fâcheux.
— 95 -
71 Dans d'autres cas, on se donnait plus de peine
pour suppléer à cette inaptitude de produire direc-
tement des dentelles un peu hautes. Le grand bas
d'aube, à personnages, exposé dans le bas de la
vitrine n° 71, nous en fournit un exemple remar-
quable. Le dessin embrasse toute la hauteur du
volant; mais, pour l'exécuter en dentelle, on Fa
découpé en fragments irréguliers, de hauteur
moindre. Ces fragments ont été ensuite habile-
ment rapprochés par des jointes, dont on suit
fort bien la trace, tout le long de la dentelle,
vers la moitié de sa hauteur.
Le volant qui nous occupe, bien que s'écar-
tant de la formule habituelle de la dentelle
de Binche, porte des caractères binchois indé-
niables, notamment ces toiles nuancés, trans-
parents et sillonnés de points clairs, qui ne se ren-
contrent guère ailleurs, à un tel degré. Le fond
de neige n'intervient, il est vrai, que dans les
"jours », sans déborder dans le champ même
de la dentelle, entièrement formé d'un fond de
mailles. Seulement ces dernières sont des mailles
flamandes, les mailles de la Valenciennes, celles
auxquelles Binche a eu recours, chaque fois
qu'elle ne travaillait pas uniquement sur fond de
neige, mailles qui, du reste, nous l'avons dit,
retiennent encore le nom de Binche dans le lan-
gage professionnel.
— 9'6 -
7i. Nous tenons donc le volant en question pour
une dentelle de Binche, quitte à le qualifier
de pièce exceptionnelle et à marquer d'autant plus
vivement notre reconnaissance à Mme Gold-
schmidt-Przibram, qui eut la bonté de nous
donner ce morceau, sans doute unique.
Chose rare, la composition se déroule d'un bout
à l'autre, sans aucune répétition. On y voit, vers
la gauche, la grappe de Chanaan, gravement portée
par des personnages, en costume Louis XIV. Plus
loin, c'est le char de la Religion, entouré d'une
inscription : Jubilante apostole,opus hoc suavissimo
Jesu douant, montrant que la dentelle fut certaine-
ment exécutée à l'occasion de quelque jubilé sacer-
dotal. Les dimensions plus grandes données aux
lettres chronographiques, notamment dans le
mot « jubilante », annoncent un chronogramme,
d'où se dégage la date 1730.
En poursuivant vers la droite, on trouve un
personnage, en costume civil, du temps de
Louis XIV, entouré de figures et d'inscriptions,
évidemment en rapport avec l'événement que la
dentelle voulait célébrer. Plus loin encore, se voit
l'Agneau mystique, couché sur le livre aux sept
sceaux.
La date de 1730, relevée ci-dessus, nous paraît
bien rapprochée, étant donnés non seulement la
— 97 —
nature de la dentelle et les caractères du dessin,
mais encore le costume des personnages, qui
dénoterait plutôt la fin du XVIIe siècle ou les
premières années du siècle suivant. Mais il faut
bien s'incliner devant le fait, quitte à conclure
que le dessinateur retardait quelque peu sur les
modes du jour.
Ajoutons que cette dentelle passe pour avoir
été exécutée dans un couvent de la province
d'Anvers, peut-être par quelque religieuse venue
du Hainaut.
Les autres dentelles de Binche, exposées dans
cette vitrine n° 71, ont, à côté du point de neige,
une partie de leur fond formée de véritables
mailles. Ce sont les mailles de Valenciennes,
dites aussi mailles flamandes ; les dentelliers
modernes leur donnent encore, nous l'avons dit,
le nom de point de Binche.
La vitrine n° 72 renferme, enfin, les dentelles de
Binche, de la dernière manière. Le fond de neige
y règne seul et les toiles y atteignent une ténuité
encore plus marquée qu'aux époques précédentes.
Nous y signalerons spécialement un beau mou-
choir, prêté par Mme Emile Goossens et une
magnifique barbe du XVIIIe siècle, appartenant
à MUe Hélène Godtschalck.
— 98 —
73 à 76. Nous avons réuni, dans les meubles à volets,
n0S 73 et TSbis, ainsi que dans les trois cadres
nos 74 à 76, placés vis-à-vis, un grand nombre
de spécimens de dentelles belges, de dimensions
assez réduites, pour la plupart, mais dont la réu-
nion présente un véritable intérêt documentaire.
Le meuble à volets, n° 73, est consacré tout
entier aux dentelles de Bruxelles, tant à l'aiguille
qu'aux fuseaux : on y trouvera, d'un côté, les
morceaux ayant au moins cinquante ans d'âge, de
l'autre, les pièces plus récentes.
Signalons, dans le premier cadre de la pre-
mière catégorie, un fragment de réseau drochel,
tel qu'on le fabriquait en vue du travail d'applica-
tion. Ces morceaux se font rares; celui-ci nous a
été offert par Mrae Kefer-Mali, qui a dessiné égale-
ment l'agrandissement de la maille qui se voit
à côté.
Dans les cadres suivants, se placent des mor-
ceaux d'application, tant sur vrai réseau que sur
tulle, d'époque relativement ancienne.
Le premier cadre de la deuxième rangée
montre, au recto et au verso, la suite des opéra-
tions que nécessite le travail du point à l'aiguille.
Nous croyons répondre à un désir de nos
lecteurs en en donnant une brève description.
— 99 —
On commence par prendre un calque du dessin
original ; puis, on place sous ce calque une ou
plusieurs feuilles de papier mince, suivant les
besoins du travail et, à l'aide d'une machine spé-
ciale, on pique, à travers l'ensemble, tous les
contours du dessin. Les piqûres, obtenues de la
sorte, sont ensuite poncées au bitume, de manière
à obtenir des épreuves, sur lesquelles le dessin
primitif apparaît entièrement pointillé en brun.
La ponçure, qu'on partage en plusieurs mor-
ceaux, quand la pièce est un peu grande, est
remise à l'ouvrière qui, à l'aide d'un picot, la
traduit en piqûres sur un papier fort, générale-
ment noir, parfois bleu. C'est sur ce papier fort
que va s'exécuter tout le travail.
Le papier piqué est d'abord faufilé, tout autour,
sur deux morceaux d'étoffe, d'égale dimension,
placés l'un sur l'autre. Gela fait, l'ouvrière com-
mence la « trace du dessin », en appliquant, sur
les contours de celui-ci, un gros fil, qu'elle y
maintient étroitement au moyen d'un fil très
mince, allant et venant par les points de piqûre et
traversant non seulement le papier, mais encore
les deux petites pièces d'étoffe placées dessous.
C'est ce premier bâti de gros fil, reproduisant
fidèlement les contours du dessin, qui doit sup-
porter le reste de l'ouvrage; c'est sur lui que
— 100 —
73 à, 76. l'ouvrière prend ses points d'attache pour exé-
cuter ses cordonnets, ses brodes, ses jours, sa
gaze, en un mot, tout ce qui doit former comme
la chair de cette première ossature.
Le travail terminé, il ne reste qu'à le déli-
vrer du support, sur lequel il se trouve fixé. A
cette fin, l'ouvrière saisit de chaque main l'une
des deux petites pièces d'étoffe auxquelles tient
le papier et, par une série de courtes saccades,
les arrache l'une de l'autre, rompant ainsi les
minces fils d'attache qui maintenaient les fils de
trace contre le papier piqué. L'ouvrage ne tient
plus, dès lors, à ce dernier : il tombe dans la
main et il ne reste plus qu'à le débarrasser des
brins rompus du fil d'attache qui y seraient
demeurés attachés.
L'ingéniosité du procédé réside notamment dans
la présence de la deuxième petite pièce d'étoffe
qui, s'interposant entre l'autre pièce et le papier
piqué, supporte tout l'effort de l'arrachement,
empêchant ainsi le papier de se déchirer et l'ou-
vrage de se déformer.
Les sept papillons, dont se compose cette
démonstration, ont été exécutés, à notre demande,
par Mlle Minne Dansaert, qui a bien voulu nous
en faire don.
— 101 —
Le sixième cadre renferme une série de pièces
détachées, exécutées à l'aiguille et destinées
à être appliquées sur fond « gaze », ou sur
tulle.
On j remarquera notamment un oiseau, entouré
de branchages, délicatement travaillé. Cet objet
nous a été donné par Madame Préherbu, de
Malines, dont le nom se retrouve fréquemment à
côté de morceaux intéressants, donnés ou prêtés
par elle.
Les autres cadres renferment encore de bons
spécimens offerts, en grande partie, par les
personnes désignées sous chacun d'eux et que
nous tenons à remercier de leur bienveillant con-
cours.
Le meuble à volets, n° 73bis, montre successi-
vement des coupons de dentelles de Flandre, de
Valenciennes, de Binche, de Malines, de Marche,
de Couvin, de Beaumont, etc. Ces spécimens sont
accompagnés, de temps en temps, d'agrandisse-
ments et de dessins, à grande échelle, des divers
genres de réseau qui y interviennent. Les dessins
en question ont été exécutés par Mme Kefer-Mali.
Nous en avons reproduit quelques-uns dans les
planches qui accompagnent le présent Guide.
— 102 —
73 à 76. On remarquera, dans le cadre n° 76, une pièce
curieuse, faisant partie du fonds Montefiore : un
éventail, entièrement en cheveux, exécuté aux
fuseaux, par les soins de M. Coryn, de Bruxelles.
Nous nous permettons d'attirer sur notre col-
lection documentaire, en formation, l'attention
des Dames qui pourraient nous aider à la com-
pléter. De simples fragments de dentelles, sou-
vent perdus dans les tiroirs, sans profit pour
personne, peuvent devenir des documents utiles,
en venant prendre rang dans des séries de l'es-
pèce. Un grand nombre de personnes l'ont déjà
compris, ainsi qu'on en jugera par les noms
inscrits en regard des spécimens exposés. Nous
les remercions sincèrement et nous formons des
vœux pour que leur exemple trouve beaucoup
d'imitateurs.
III
Le troisième compartiment de la section est
consacré aux dentelles étrangères : à gauche,
l'Italie; à droite, la France et les pays divers.
La plupart des subdivisions de ce compartiment
ne constituent, nous l'avouons, que de simples
rappels de ce qu'elles devraient être en réalité.
Elles montreront, du moins, notre intention
de nous procurer successivement des spécimens
de tous les centres dentelliers étrangers, de
quelque importance, et engageront peut-être les
producteurs de dentelles à nous accorder leur
bienveillant concours dans ce but.
L'importance de l'Italie, au point de vue de la
dentelle, nous a naturellement amené à lui donner
le premier rang dans cette réunion internationale.
Les spécimens que nous possédons permettent de
suivre sommairement le développement de la den-
telle, dans ce pays, depuis le XVIe siècle, jusqu'à
la fin du XVIIIe. Ils proviennent, en grande
partie, du fonds Montefiore.
— 104 —
77. Les dentelles exposées dans le cadre 77, sont
vraisemblablement de la deuxième moitié du
XVIe siècle, époque à laquelle dominait le profil
en forme de dents, d'où la dentelle tira son nom et
que les Italiens, de leur côté, ont rendu par le
mot « merletti », qui signifie créneaux. Les unes
sont du point à l'aiguille, les autres, du travail
aux fuseaux.
78. Le remarquable tablier, qui occupe ce cadre, est
encore de la deuxième moitié du XVIe siècle. Il
importe de noter qu'il reproduit exactement,
comme forme et comme style, les tabliers que
nous rencontrons danscertains tableaux flamands,
ceux de Maitin Devos, par exemple.
Les entre-deux et la bordure sont travaillés
aux fuseaux, mais avec quelques détails exécutés
à l'aiguille : tels, par exemple, les croix occu-
pant le milieu des dentelures qui constituent la
bordure du bas. [Collection Montefiore.)
79. Le cadre suivant présente les dentelles qui se
portaient au commencement du XVIIe siècle,
alors que la mode des grands cols retombants
commerçait à s'affirmer.
80. On trouve, sous le n° 80, les dentelles de
l'époque Louis XIII ; dans le bas, le point à
— 105 —
80. l'aiguille ; dans les rangées supérieures, les den-
telles aux fuseaux. [Collection Montefiore.)
81- Au milieu du XVIIe siècle, les motifs à grandes
fleurs remplacent les dessins d'aspect géomé-
trique, qui n'avaient cessé de régner jusqu'alors.
D'opulents rinceaux font de la dentelle de cette
époque un ornement vraiment majestueux,
cadrant bien avec les goûts et les manières du
temps. La manifestation la plus élevée de ce
genre est représentée par le point à l'aiguille, dit
« gros point de Venise », qui occupe le
cadre n°81.
82. Le même style, à larges rinceaux, se retrouve
dans cet autre genre de point à l'aiguille, dit
« Venise plat », dont on voit, dans le cadre sui-
vant, un très bon spécimen. Ce dernier, qui fit
peut-être autrefois partie d'un tablier, sert main-
tenant de cadre à un fragment de linon, décoré
de tulle brodé, moderne, sans doute un voile
liturgique. (Collection Montefiore.)
83. C'est une disposition toute pareille que pré-
sente, dans le cadre n° 83, le riche tablier, com-
plet cette fois, dont la partie centrale est formée
de linon, brodé de fleurs et d'oiseaux, au plumetis
et à fils tirés. Le point de Venise, à relief et à
5.
— 106 —
83 fond de brides, qui encadre cette broderie, est
d'une très bonne facture et d'un dessin fort élé-
gant. Nous le datons du commencement du
XVIIIe siècle ou des dernières années du XVIIe.
Cet important morceau appartient à Mme Paul
Errera.
84. Avec le XVIIIe siècle, apparaissent des motifs
plus menus. La solennité du style Louis XIV va
faire place à la frivolité, très élégante d'ailleurs,
de l'époque de Louis XV. Cette disposition des
esprits se reflète dans la dentelle, comme ailleurs.
Les spécimens de point à l'aiguille, réunis dans
le cadre n° 84, permettront d'en juger. L'un d'eux
porte la date de 1703, travaillée dans une grosse
fleur, vers le milieu de la pièce.
85. Le cadre n° 85 ne renferme, non plus, que du
point à l'aiguille. Nous attirons principalement
l'attention sur les spécimens de point à la rose ou
rosaline. Il est impossible de pousser la virtuo-
sité plus loin que dans certaines de ces pièces,
dont les rinceaux disparaissent sous le fouillis de
rosaces et de picots, dont ils sont surchargés.
Parfois, c'est un excès véritable; mais, parfois
aussi, cette richesse se combine parfaitement avec
les lignes générales du dessin, bien équilibrées et
— 107 —
$5. d'une délicate harmonie. Tel est le fragment de
volant, de 0 m 30 de hauteur, qui se voit vers la
droite du cadre et dont le coupon, soit dit par
parenthèse, a été payé sur le pied de 6000 francs
le mètre.
Nous nous le sommes procuré par les soins de
M. Vittore Abolaffio, de Venise, qui nous avait
déjà fait don du très joli morceau, du même genre,
placé à gauche du précédent.
6. Ce cadre nous présente, au point de vue de
la composition, des rinceaux assez semblables à
ceux des cadres précédents, mais traduits, cette
fois, en dentelle aux fuseaux. Certains de ces
morceaux sont, à la fois, d'un beau dessin et
d'une bonne exécution. Tels le n° 232, placé
vers le bas, et le morceau qui le surmonte.
La dentelle, dite vermicelli, semée de gros
points de neige, nous a été offerte par Mme De Meuse.
89 Les dentelles, rencontrées jusqu'ici, n'étaient
que des dentelles à fond de brides. La fin du
XVIIe siècle et le commencement du XVIIIe
virent apparaître, en Italie, comme chez nous,
les dentelles à fond de réseau. Ce sont princi-
palement ces dernières qui ont occupé ce pays au
XVIIIe siècle. On peut voir, dans les cadres 87
— 108 —
87 à 89. à 89, ce qu'ont produit, sous ce rapport, Gênes
et principalement Milan, sans oublier Venise, où
le point à l'aiguille n'empêcha pas de faire aussi
quelque peu de dentelle aux fuseaux.
On remarquera, dans le grand cadre (n° 88), le
superbe volant, à sujets de chasse, d'une si belle
technique, ainsi que le fragment de très haut
volant, aux fleurs élégantes, placé tout à côté.
Ces deux morceaux nous ont été prêtés par
Mme Paul Errera.
D'autres pièces, celles notamment qui occu-
pent le cadre n° 89, sont d'une excellente exé-
cution.
oo. Nous en dirons autant d'un certain nombre de
spécimens, exposés dans le meuble à volets, au
centre du compartiment italien et comprenant du
point à l'aiguille, aussi bien que de la dentelle aux
fuseaux.
Au XVIIIe siècle, le point à l'aiguille se pra-
tique encore à Venise, où il donne naissance à
des produits, assez minces et menus, mais non
sans charme cependant.
Mais le vrai centre de production s'est légère-
ment déplacé : il a quitté Venise pour Burano,
situé d'ailleurs dans son voisinage immédiat.
— 109 —
90. Dernier asile du célèbre point de la cité des
doges, Burano produisit alors des dentelles, d'un
aspect assez plat et monotone, niais d'un bon
dessin et d'une exécution encore fort convenable.
Par un singulier retour de ce qui s'était passé en
France, en 1665, Burano voulut, à son tour,
imiter le point d'Alençon, sans toutefois y réussir
complètement. Les spécimens réunis ici peuvent
en donner une idée, mais bien pauvre, hélas!
La fabrication, complètement perdue à Burano
à la suite des événements de la fin du
XVIIIe siècle, s'y est relevée par le zèle de quel-
ques dames de l'aristocratie, qu'encourageait le
patronage de la reine Marguerite. L'école de
Burano forme actuellement un établissement
prospère, dont nous espérons bien pouvoir, quel-
que jour, montrer une série de travaux.
De toutes parts, d'ailleurs, on essaie de rendre
à l'Italie la profitable activité qu'y développa jadis
l'industrie de la dentelle.
En 1893, la Comtesse de Brazza exposa,
à Chicago, un ensemble, fort admiré, de spé-
cimens anciens, réunis de toutes les parties de
l'Italie. Cette démonstration, appuyée d'un exposé
fort bien fait, exerça la meilleure influence sur la
reprise de la dentelle dans le pays, où le senti-
— 110 —
90. ment des merveilles exécutées dans le passé
donna l'espoir d'en engendrer de nouvelles dans
l'avenir.
C'est une pensée du même genre, nous l'avouons,
qui nous a poussé à réunir, en un ensemble digne
de notre pays, des spécimens de ce que ce der-
nier avait produit jadis de plus beau dans tous
les genres de dentelle. Puissent nos efforts être,
à leur tour, de quelque utilité, en montrant ce
que nos ouvrières surent faire autrefois, et ce
qu'elles sauront réaliser encore, si l'on arrive à
seconder, par des mesures pratiques, un savoir
faire qui ne s'est guère démenti.
De Burano, la reprise du point à l'aiguille a
gagné d'autres endroits de l'Italie et, tout d'abord,
la ville même de Venise, où des écoles furent
fondées, l'une par M. Jesurum, l'autre, plus
récemment, par M. Vittore Abolafiio. L'un de nos
cadres renferme une vue de cette dernière école,
ainsi qu'une série de petits travaux en cours, qu'à
notre demande, M. Abolaflio a très obligeam-
ment fait exécuter par ses ouvrières, de manière
à nous donner un échantillon de leur habile
façon de travailler.
Le point à l'aiguille a, d'autre part, été remis
en honneur à Bologne, où le Comité, fondé sous
— 111 _
le nornd'^inilia Ars, a réalisé, dans ce genre, des
travaux parfaits d'exécution, révélant, en même
temps, un sentiment d'art des plus élevés.
N'oublions pas, enfin, de mentionner W unci-
netto », un genre de point à l'aiguille qui s'exé-
cute dans la Valle Vogna, sur les pentes du
Mont Rose. C'était, d'abord, une dentelle pay-
sanne, que les femmes du pays ne fabriquaient
guère que pour leur consommation personnelle.
Une dame irlandaise, Mrs. Lynch, a pris sur
elle d'en faire sortir une industrie susceptible
de fournir quelques ressources à la popula-
tion, si pauvre, de l'endroit. C'est de sa géné-
reuse obligeance que nous tenons les spécimens
exposés ici et dont quelques-uns sont naïvement
accompagnés du prix courant auquel ils se débitent.
La dentelle aux fuseaux s'exécute encore de
divers côtés, en Italie. La ville de Gênes Ta
complètement délaissée. Mais on la retrouve aux
environs, le long de la Riviera, spécialement
entre Gênes et Chiavari, dans ces endroits char-
mants qui ont nom Santa Margherita, Porto
Fino, et Rapallo. Nous possédons divers mor-
ceaux venant de ces endroits, notamment un col
de Santa Margherita, don de Mrae Ch. Vander
— 112 —
90. Stappen et un autre, de Porto Fino, don de
Mlle Ema Bevers.
Cantù, au lac de Corne, est également un
centre pour la dentelle aux fuseaux. Les spéci-
mens, que nous en possédons, nous ont été gra-
cieusement offerts, à l'intervention de M. Abo-
laffio, par la firme bien connue « Manifatture
riunite merletti, Cantù ». Ces dentelles, d'une
facture consciencieuse, conviennent surtout pour
l'ameublement.
L'envoi des « Manifatture riunite » comprend
aussi un peu d'aiguille, soigneusement exécutée.
Autour de Venise, Chioggia et Pellestrina
fabriquent aussi de la dentelle d'ameublement;
ce sont des produits de peu de valeur, ceux, du
moins, que nous possédons.
Les Abruzzes et la Calabre produisent princi-
palement de la dentelle paysanne, à dessins
géométriques, relevant encore, en grande partie,
des anciens modèles de point coupé. On pourra
se faire une idée de ce travail par la belle chemise
de paysanne, exposée dans la vitrine du point
coupé (n° 10) ; cette pièce intéressante, avons-
nous dit, nous a été gracieusement offerte par
— 115 —
90. Mme Ch. Van der Stappen, qui se l'est procurée
dans le pays.
Nous n'hésitons pas à ranger, finalement, à la
suite des centres dentelliers de l'Italie, la Dal-
matie, où Zara, la capitale, et Raguse la « Venise
slave », luttèrent autrefois avec la grande Venise
elle-même, sur le terrain de la dentelle. M raeNatalie
Bruck Auffenberg,de Vienne, s'est donné la coura-
geuse tâche de relever ce point de Raguse, que
son ancienne gloire n'avait pas empêché de se
perdre complètement.
Nous tâchons, en ce moment même, de réunir
une bonne série de spécimens de ces dentelles,
tant à l'aiguille qu'aux fuseaux. Mgr Bulic, con-
servateur du Musée de Spalato, nous assiste en
cela de toute son obligeance ; nous lui en expri-
mons nos vifs remercîments.
Bien que le macramé, ou dentelle à nœuds, ne
soit pas, à proprement parler, de la dentelle,
nous ne pouvons passer sous silence cette fabri-
cation, jadis très en faveur, principalement dans
la région de Gênes.
Le macramé ne se fabrique plus industrielle-
ment que dans un seul centre, Chiavari, à l'est
de Gênes, où l'on en décore des tavayoles ou
- 114 —
90. serviettes. Nous en possédons divers spécimens.
Pour le surplus, la confection du macramé
est le fait de quelques amateurs, qui, dégagés
de toute pensée de lucre, peuvent concentrer
d'autant mieux leurs efforts sur les côtés artis-
tiques du travail. M. Bollati, de Rome, est
passé maître en ce genre. On en jugera par les
spécimens que leur auteur nous a très obligeam-
ment offerts. Ils montrent à quel point ce dernier
est parvenu à plier la monotonie de procédés de
cette technique, plutôt primitive, à des concep-
tions de dessin tout à fait neuves et d'un goût
vraiment raffiné.
M. Bollati a bien voulu se prêter, en outre, à
nous former une série de petits échantillons en
cours d'exécution, montrant la façon dont le
travail s'amorce et suit son cours.
France.
La France tient la première place dans la
dentelle, après l'Italie et les Pays-Bas.
L'industrie de la dentelle y est fort ancienne.
Les fameux colporteurs de l'Auvergne, merciers
infatigables, vrais traits d'union entre le Sud et
— 115 —
le Nord, ne purent manquer de rapporter au
pays la recette de ces dentelles qu'ils chargeaient
dans leurs balles, aux deux bouts de leur course
et dont la fabrication devait leur être d'un si bon
appoint, l'hjver.
Des témoignages précis nous montrent les den-
telles en pleine production dans tout le Velay,
sinon depuis le XVIe siècle, du moins durant la
première moitié du XVIIe. On n'y fabriqua guère
d'articles fins ; mais le pays produisit des quan-
tités considérables de dentelles communes, qui
s'exportaient partout, et notamment en Espagne,
pour la consommation des pays d'outre-mer.
91 La dentelle du Puy demeure actuellement
encore le type de ce genre de produits. M. Louis
Oudin, fabricant au Puy et vice-président de
l'importante Association « la Dentelle au foyer »,
nous a gracieusement offert une importante série
d'échantillons, montrant la suite des types de
fabrication qui se sont succédés dans le Velay,
depuis la première moitié du XIXe siècle jusqu'à
nos jours. Les dentelles d'ameublement, ainsi
que les dentelles noires, y tiennent une assez
grande place. Quant aux dentelles d'usage, elles
sont principalement représentées par le genre
torchon. Il est à remarquer que les types du Puy
— 116 —
91. servent de modèles dans les centres nouvellement
créés, tels que la Chine, Madagascar, etc.
M. Oudin a reconnu plusieurs modèles de sa
fabrication parmi les dentelles qui nous viennent
de Chine.
Nous adressons nos vifs remercîments à
M. Louis Oudin pour le don de cette intéressante
série de spécimens, en même temps que pour les
indications précises et instructives dont il a pris
soin de les accompagner.
La fabrication des beaux produits français date
de Tannée 1665. A ce moment, Colbert, voulant
définitivement affranchir la France du tribut
qu'elle payait à l'Italie et aux Pays-Bas, du chef
des dentelles nécessaires à sa consommation,
fonda la Compagnie des Points de France, chargée
de développer, dans les centres les mieux désignés
à cette fin, la fabrication, soit du point à l'aiguille,
soit des dentelles aux fuseaux. La compagnie ne
dura que dix ans; mais l'élan était donné et la
fabrication française se maintint en bonne acti-
vité jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
La France produisit principalement du point à
l'aiguille.
92 à 95. La célébrité d'Alençon et d'Argentan dépassa
celle de Bruxelles et rivalisa, peut-on dire, avec
— 117 —
la gloire de Venise même. On trouvera, dans les
cadres 92 à 95, des spécimens de la production
de ces deux centres dentelliers.
Le point d'Alençon est ferme et nerveux ; ses
reliefs, nettement accusés, devaient, en partie,
disait-on, cette particularité aux crins que l'ou-
vrière glissait souvent à l'intérieur de son
point.
L'Argentan se reconnaît à sa maille plus large,
ainsi qu'au décor d'étoiles qui s'y trouve souvent
répandu et que l'on a désigné parfois sous le
nom d'Argentella.
Nous signalerons, dans le cadre 95, un fond de
bonnet, en Argentan, du travaille plus minutieux
et le plus raffiné. Il fait partie du fonds Monte-
fiore.
La dentelle aux fuseaux n'a guère été pratiquée
en France, en dehors du Velay, qu'en Normandie
et dans les provinces du Nord.
La Valenciennes y éclipse toutes ses sœurs.
Nous nous permettons de renvoyer le lecteur à
ce que nous en avons dit, à l'occasion des dentelles
de Belgique. Qu'il nous suffise d'ajouter que la
fabrication a complètement cessé dans la région
de Valenciennes.
— 118 —
96 à 98. Arras et Lille se trouvent, un peu, dans le
même cas que Valenciennes. Ces villes ont fait
également partie des Pays-Bas ; leur industrie
s'est transportée en partie chez nous; les pro-
vinces d'Anvers et de Limbourg font du point de
Lille et nous avons dit précédemment que la
maison Van Migem, notamment, continuait à en
produire couramment dans le pays de Waes.
Néanmoins, la confusion entre les produits fran-
çais et belges n'a pas été aussi complète que
pour les Valenciennes. C'est ce qui nous a engagé
à classer Lille et Arras parmi les centres français,
quitte à présenter parmi nos documents de Bel-
gique, les spécimens de ces mêmes dentelles qui
pourraient se réclamer de notre pays.
99 et 99^3 Les Vosges fabriquent également de la dentelle
aux fuseaux ; Mirecourt et Vittel en produisaient
dès le XVIIe siècle. La fabrication du siècle
suivant rappelle principalement celle de Lille et
d'Arras. Là, comme dans beaucoup d'autres
endroits, l'industrie faillit se perdre à la suite de
la Révolution. Elle se ranima vers 1830 et, en
1851, la fabrique de Mirecourt- Vittel comptait
25,000 ouvrières. Malheureusement, la concur-
rence de l'article commun, que les Vosges ne
pouvaient se décider à produire, fit fléchir, de
— 119 —
9et99bis nouveau, pour un temps, cette prospérité. Ce
furent les demandes pour l'ameublement qui
déterminèrent la reprise, dont nous sommes
témoins actuellement. Mirecourt et Vittel n'ont
cessé d'apporter à la fabrication des nouveaux
genres les qualités de soin et de précision qui les
avaient toujours distinguées.
M. Edmond Deltenre, de Paris, a bien voulu
nous offrir une série de spécimens de sa fabrique
de Vittel, si habilement dirigée par M. H. Flo-
rentin. Ces guipures, exécutées en beau fil, sur
carreaux tournants, témoignent bien des qua-
lités que nous relevions, à l'instant, dans les
dentelles des Vosges, en général. Leurs dessins
ne sont pas seulement élégants et d'un bel effet
décoratif : ils donnent, en outre, l'impression de
leur parfaite appropriation à la technique dentel-
lière, qualité capitale obtenue dans le cas présent,
nous le savons, grâce à deux conditions qu'il
importe de retenir : les connaissances techni-
ques du dessinateur, qui, ses dessins terminés,
s'occupe lui-même de leur piquage; et, d'autre
part, l'absence d'intermédiaires entre l'ouvrière et
la direction, circonstance qui joint aux avantages
économiques que l'on sait, celui des rapports
directs et constants entre l'auteur des dessins et
les ouvrières chargées de les exécuter.
— 1-20 —
100. Le reste de nos dentelles étrangères se trouve
exposé dans le meuble à volets n° 100. Certains
pays, tels que l'ancien Danemark et la Suède, y
sont assez convenablement représentés. Pour
d'autres, nous l'avons dit, notre collection est
encore en voie de formation.
Danemark.
L'ancienne province danoise de Slesvig-Hol-
stein a tenu jadis une place assez en vue dans
l'industrie qui nous occupe. La petite ville de
Tondern était, dès le XVIIe siècle, célèbre par
ses dentelles, dont la technique y avait été
importée des Pays-Bas. Le roi Christiern IV favo-
risa l'industrie ; il s'occupait lui-même d'acheter les
dentelles nécessaires à sa consommation person-
nelle. On conserve, au musée royal deRosenborg,
un col en dentelle qui fut porté par ce roi.
Mme Sara Rasmussen, de Copenhague, a obtenu
l'autorisation d'en prendre un piquage, qu'elle
nous a gracieusement offert. Il se trouve placé
à côté de la dentelle que nous avons fait exécuter,
sur ce document, par les soins obligeants de
MHe Minne Dansaert.
C'est aux démarches de Mme Rasmussen que
— 121 —
nous devons également la plupart de nos den-
telles de Tondern. Cette amie dévouée de notre
collection les a sollicitées, à notre intention, des
dames de Copenhague, qui n'ont pas hésité à les
lui remettre pour nous.
Nous adressons ici tous nos remercîments à
Mme Rasmussen et à nos gracieuses donatrices.
Suède.
La dentelle suédoise se répartit entre trois
centres principaux : la Scanie, tout au sud,
Wadstena, au bord du lac Vetter et, un peu plus
au nord, la Dalécarlie.
Les dentelles de Scanie, d'un dessin serré,
rappellent assez bien les anciens galons, dits pas-
sements.
Celles de Wadstena ont plus de grâce et de
dessin, circonstance due, sans doute, à ce que
leur premier centre fut un couvent de femmes, où
s'exécutaient, en général, de beaux produits.
La Dalécarlie nous ramène aux dentelles pay-
sannes, plus rustiques, sans doute, mais origi-
nales et atteignant parfois une réelle élégance.
On ne pourra manquer de compléter ce léger
aperçu de la dentelle suédoise en allant voir, sur
G
— 12-2 —
îoo. le palier d'entrée, une collection de dix coiffures,
caractéristiques des diverses provinces de la Suède,
que M. et Mme Peltzer-De Mot ont eu la bonne
pensée de nous offrir en souvenir de leur séjour
à Stockholm.
Angleterre et Irlande.
L'endroit de l'Angleterre, le plus célèbre pour
ses dentelles, est la petite ville de Honiton, dans
le Devonshire. Les spécimens que nous en possé-
dons sont de mince valeur. Nous comptons bien
nous en procurer d'autres, en môme temps que
des produits d'autres centres encore, notamment
du Buckinghamshire, du Bedfordshire, etc.
Nous avons également à organiser l'exposi-
tion des dentelles qui se font en Irlande et que
représentent seulement ici les jolis spécimens de
point à l'aiguille, travaillés dans le couvent de
Kenmare. Ils nous furent donnés par Mrs. Lynch,
dont nous avons eu déjà l'occasion de citer le
nom, au sujet de « l'uncinetto » de la ValleVogna.
Suisse,
La Suisse ne compte guère parmi les pays
dentelliers. On y a fait cependant de la dentelle
— 423 —
autrefois et, de divers côtés, l'on s'efforce aujour-
d'hui de rendre quelque vie à cette industrie.
Nous n'avons réuni jusqu'à présent que quelques
spécimens, du genre torchon, offerts par
Mme Kefer-Mali.
Pays Slaves.
Il y aurait à faire une place assez importante
aux dentelles slaves, qui, chez les peuples de
l'est de l'Europe, interviennent d'une façon nota-
ble dans la toilette féminine et qui revêtent, du
reste, une grande originalité. Les spécimens
exposés ici, sans être des meilleurs, peuvent
néanmoins donner déjà une idée de ce genre très
spécial.
Grèce.
La Grèce s'occupe, de son côté, d'introduire
la dentelle dans le travail des femmes. Une école
dentellière a été fondée à Athènes, sous le patro-
nage de S. M. la Reine. On y fait des travaux
d'aiguille, à l'imitation de Venise, et des dentelles
aux fuseaux, dans lesquelles se retrouvent, à côté
des simples torchons, des produits inspirés de nos
dentelles belges, delà Duchesse notamment.
— 124 —
îoo. Les spécimens exposés ici nous ont été donnés
par M. Sainctelette, à l'époque où il était ministre
de Belgique, à Athènes.
Chypre.
Nous devons les quelques morceaux, exposés
sous ce nom, à l'amabilité de M. Louis Rosseels,
consul général de Belgique, à Athènes. Ils ne
constituent pas, à vrai dire, de la dentelle, mais
seulement du point coupé. On retrouve dans ces
dessins, restés géométriques, l'ancienne technique
de Venise, demeurée comme un souvenir de la
domination que la cité des doges exerçait autrefois
dans toute cette partie de l'Archipel.
Smyrne.
Le travail à l'aiguille, caractéristique de
Smyrne, se compose de fleurs et d'ornements
d'une grande finesse, formant des petites guir-
landes et des bouquets, et servant à orner des
objets de toilette ou de fantaisie. On lui donne
le nom d'oyah. Nous pouvons en montrer un
assez joli spécimen : une petite bourse, bordée
d'une délicate guirlande polychrome, prêtée par
Mme Eugène Cumont.
125 —
Chine.
100. Nous avons reçu du Gouvernement chinois une
importante série d'échantillons des dentelles exé-
cutées dans diverses écoles dentellières, dirigées
par des religieuses.
Ce sont exclusivement des dentelles «torchon»,
dont les dessins ont été pris un peu partout.
Nous avons dit plus haut que M. Oudin, grand
fabricant au Puy, y a reconnu divers motifs
empruntés à ses propres modèles. La régularité
et la précision de leur exécution font de ces
dentelles des produits intéressants.
Brésil.
Ce sont également des dentelles « torchon »
qu'on fabrique au Brésil. Mais il est à remarquer
que les modèles, sans être bien jolis, sont, du
moins, beaucoup plus originaux que ceux d'autres
pays lointains.
Les spécimens, que nous exposons, nous ont
été donnés par le Ministère des affaires étrangères.
- 126 —
Mexique.
100. Le joli col qu'on voit ici, décoré d'un aigle
mexicain, qui suffirait à lever tout doute sur l'ori-
gine de l'objet, nous a été gracieusement offert
par Melle Huart, de Jambes-lez-Namur. La fabri-
cation se rapproche tout à fait du genre dit Téné-
riffe, que ce spécimen représente chez nous, en
attendant que nous puissions nous en procurer
des produits plus directs.
Liste des donateurs :
M. Vittore Abolaffio, à Venise.
Mlle Ottilia Adelborg, à Gagnef (Suède).
Mme Annemans van Volxem, à Bruxelles.
Mlle Thérèse Anrich, à Copenhague.
M. et Mme Beernaert, à Bruxelles.
M. Otto Berghaus, à Bruxelles.
Mme la Chambellan e de Beuzon, à Copenhague.
MUe Emma Bevers, à Ascot, Berks (Angleterre).
M. et Mme Bollati, à Rome.
Mme Bonmariage, à Bruxelles.
Mlle Adèle Boucher, à Bruxelles.
Mme la Cesse Brockenhuis Schack, à Copenhague.
Mme la Générale de Bulow, à Copenhagne.
Mme Z. Bureau, à Bruxelles.
M. Félix Capitaine, à Liège.
M. Antoine Carlier, à Bruxelles.
M. Louis Cavens, à Bruxelles.
Mme la Chambellane Cederfelt, à Copenhague.
Mme Edmond Christiaens, à Bruxelles.
Mme Hector Colard, à Bruxelles.
Mme Croôy, à Bruxelles.
Mme Adolphe Cumont, à Bruxelles.
- 128 —
Mme Eugène Cumont, à Bruxelles.
Mlle Clara De Craene, à Bruxelles.
M. De Deyn, à Ninove.
Mme Delehaye, à Bruxelles.
M. Delmoitlé, à Bruxelles.
M. Edmond Deltenre, à Paris.
M. Pierre Demangeleer, à Bruxelles.
M,ne De Meuse, à Bruxelles.
M,ne Paul De Mot, à Bruxelles.
M. Eugène Devaux, à Bruxelles.
M. Georges Devemy, à Valenciennes.
Mme Charles Dubois, à Bruxelles.
Mlle Du Fief, à Bruxelles.
Mme Max du Pon, à Bruxelles.
Mme Paul Errera, à Bruxelles.
Mme la Cesse Frys, à Copenhague.
Mlle Gasparoli, à Bruxelles.
M. et Mme Gérard, à Couvin.
Mme Goldschmidt Przibram, à Bruxelles,
Mme H. Gossey, à Bruxelles.
Le Gouvernement Chinois.
Mme Charles Grognier, à Bruxelles.
M. Léon Grosjean, à Bruxelles.
Mme Hayez, à Bruxelles.
Mlle Julie Hayez, à Bruxelles.
Mlle Huart, à Jambes (Namur).
Mme Jaffé Gluge, à Bruxelles.
— 129 —
Mlle Johnston, à Paris.
Mme de Jurié, à Vienne.
Mme Kefer Mali, à Bruxelles.
Mlle E. Lecointe, à Bruxelles.
Mme Lefebvre Giron, à Bruxelles.
Mlle Marie Legendre, à Bruges.
Mme Gabrielle Lies, à Bruxelles.
Mrs. Lynch, à San Remo.
Mme Georges Macoir, à Bruxelles.
M. et Mme Maillieux, à Couvin.
Mme Eugène Marlier, à Bruxelles.
Manifatture riunite merletti, Cantù.
Cte et Csse Ferd. de Marnix de S,e Aldegonde,
à Bruxelles.
Mine Henri Martin, à Bruxelles.
M. Emile Masuy, à Couvin.
Mme Mathys, à Bruxelles.
Mme Henri Mayer, à Anvers.
Mlle Minet, à Bruxelles.
Le Ministère des Affaires Etrangères, à Brux.
MHe M inné Dansaert, à Haeltert.
M. et Mrae Georges Moens, à Bruxelles.
Mme Monseur, à Bruxelles.
Mme Nachtergal Gravez, à Beauinont.
Mlle Virginie Nathan, à Rome.
Mme Naus, à Bruxelles.
M. Louis Oudin, au Puy.
— 130 —
Mme Oswald, à Bruxelles.
M. M. Oswald et Cie, à Bruxelles.
Mme Peltzer de Clermont, à Verviers.
M. et Mme Peltzer De Mot, à Berlin.
Mme Préherbu, à Malines.
Mme Edgar de Prelle de la Nieppe, à Brux.
Mme Adolphe Puissant, à Bruxelles.
Frôken Quaade, à Copenhague.
Mme la Csse de Rantzau, à Copenhague.
Mme Sara Rasmussen, à Copenhague.
Mme Riocée, à Bourlers.
M. Robyn Stocquart, à Bruxelles.
Mme Rosenthal, à Bruxelles.
M. Louis Rosseels, consul général de Belgique,
à Athènes.
Mïoe R. Ruelens, à Bruxelles.
Mlle Rypens, à Bruxelles.
M. Sainctelette, à Bruxelles.
Mme Schellekens De Pauw, à Lierre.
Mlle Carmen Siebolt, à Hanovre.
M. Raymond Simeons, à Bruxelles.
Société les Arts de la Femme, à Bruxelles.
Société des Amis des Musées Royaux de l'État,
à Bruxelles.
Mme Sohie, à Bruxelles.
Mlle Hilda Starck, à Stockholm.
M. Herman Stern, à Bruxelles.
— 131 —
Mrae Stevens Geerlandt, à Bruxelles.
Mme Uihlein, à Bruxelles.
Mme l'amirale Uldall, à Copenhague.
Mme Ulens, à Bruxelles.
Les Dames Ursulines, à Anibert, près Genappe.
M. le Bon Maurice van der Bruggen, à Wiels-
beke.
Mme Charles van der Stappen, à Bruxelles.
M. van der Straeten, à Bruxelles.
Mme Emile Vandervelde, à Bruxelles.
Mme Blanche van Donghen, à Bruxelles.
Mme Benoit van Eeghem, à Bruges.
Mlle Philomène van Hammée, à Malines.
M. Auguste van Landschoot, à Bruxelles.
M. Emile van Migem, à Anvers.
M. Eugène van Overloop, à Bruxelles.
M. l'abbé Verbesselt, curé des S. S. Jean et
Etienne aux Minimes, à Bruxelles.
Mme Ernest Verlant, à Tervueren.
Mme de Vigneron, à Bruxelles.
Mme Orner Vilain, à Bruxelles.
Mme Polydore Vits, à Deurle.
M. Raoul Warocqué, à Bruxelles.
Mlle Wedel-Heinen, à Copenhague.
Mlle Wimpfen, à Copenhague.
M. le Bon Léopold de Woelmont, à Bruxelles.
M. Wouters-Dustin, à Bruxelles.
Liste des déposants :
Mme Annemans van Volxem, à Bruxelles.
Mme Adèle Bayard, à Bourlers.
M. l'abbé Boone, curé de Sainte-Gertrude, à
Etterbeek.
La Confrérie de N. D. de Miséricorde à l'église
de N. I). de la Chapelle, à Bruxelles.
Mme Crooy, à Bruxelles.
Mme Paul Errera, à Bruxelles.
La Fabrique de l'église de Saint-Nicolas, à
Bruxelles.
Mlle Hélène Godtschalck, à Bruxelles.
Mme Emile Goossens, à Middelkerke.
Mme Emile Graffe, à Bruxelles.
M. Georges Moens, à Bruxelles.
Mme Préherbu, à Malines.
M. Robyn-Stocquart, à Bruxelles.
« Q
I*
,1
V
Û
i—i
C/j
ri w
fe Q
(/;
O
.«w.- — «.
VI
A iï 3, k
Fiance ^
«0
(itaiirj
^Dentelles Êtiangèrts
Ita r i£ F Ta ru t-
00 81 80 7$ 75 77
P
P
n
«
99 sa'
31.
52
Jo
■•-'
Dm
<ï7
DeiUtllrs "Belj^ E
3
Biuxelles
V4
vv
*3
JtS_
3F
<tù
S
B
S3 SJ» 55 56 5J u,
ce
S
£o
61
59
Flandre
— zr~
halines
o
3
rr
1/
29
3b
—
3?
JLit.
TT
?T
.21
w
sa
—
T7T
SI
21
X
27
^^
6*
îlahnes
TT
2+
"H a LU es*"
i_i
8 AnVeis ,9
a*
TT
foVkleacieari&s
flenuiles Beije
-19
-»
Trrrr
W?
»7 7* BiruEeT
72
riieT
BT0d,e
Fifet
— S{ —
8
FI
TiTê
9 lacis
Point coupée
iTLdUStTltS COTIRtXES hPass&menteiie Blondes 12
-fït"
t}
TÛÏÏë Biode
14
Boaaets
Bonnets
1*
o
Outillage
i
SMITHSONIAN
NSTITUTION NOIlflillSNI NVINOSHIIIMS^SB I UVU 8
Crt = (f)
A M
c
H
O
"JNviN0SHiiiMs:zs3iavaan libraries smii sonian
70
>
c/> _ c/> £ w
SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinillSNI NVIN0SH1IWS S3IUVda
NviNOSHiiws^sa i dvaa n li brar i es^smithsonian institutic
c/> — c/>
SMITHSONIAN^INSTITUTION^NOIinillSNI^NVINOSHil^S^Saiavaa
nvinoshims S3iavaan libraries smithsonian instituts
SMITHSONIAN INSTITUTION NOIlflillSNI NVIN0SH1IWS S3IUVH8
tn 5 </) — </)
1 :^s& ^^ ^
co 2r co * z
BRARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIlfUllSNI NVINOSH1IWS
co m co — (
m
uniiiSNi nvinoshiiws saiavdan libraries smithsonian"
r~ » z r- Z r
co ± co ± c
3RARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIIDIIISNI NVIN0SH1IWS
7L » CO Z (
ilinillSNI__NVI!slOSHll^SC/)S3 I U VU a ll^LI B R AR I ES^SMITHSONIAN
Z -J z — _,
3RARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIinillSNI NVIN0SH1IIMS
= w S co
uniiiSNi nvinoshiiws S3idvaan libraries smithsonian
Z CO Z ,<-. (/>
3RARIES SMITHSONIAN INSTITUTION NOIlfUllSNI NVIN0SH1IWS*
^ ^ <" i . . co - (
"V